Théorie cognitive de l’apprentissage multimédia – Article 4 – Le principe de redondance

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Lors de la conception d’un dispositif pédagogique, la question de la redondance de l’information est courante. Notamment dans l’articulation entre information visuelle et auditive. Présenter une même information sous deux formats distincts est-il pertinent dans l’apprentissage ?

Une possible réponse est apportée par l’hypothèse des styles d’apprentissage : nous apprendrions tous d’une façon différente. De ce fait, lors de la conception d’un dispositif, il serait pertinent de présenter l’information via différents formats (visuel et auditif) pour qu’il soit adapté à tout type d’apprenants. En mettant en place un tel dispositif, les apprenants qui seraient plus « auditifs » pourraient se concentrer sur la voix, et au contraire ceux qui seraient plus « visuels » le texte et les images.

Mais vous vous en doutiez avec mon usage excessif du conditionnel, cette hypothèse plutôt répandue est considérée comme un mythe. En réalité, il n’y a pas ou peu de données empiriques permettant de justifier l’existence de « styles d’apprentissage ». Il existe bien des préférences suivant les individus, mais ces différences n’induisent pas de gain réel de performance. Si vous êtes intéressé par ce point, je vous conseille notre dossier sur les neuromythes et le livre de Holmes sur les mythes en éducation (Great Myths of Education and Learning Holmes, 2016).

Si présenter une même information via différentes modalités ne justifie pas cette hypothèse, cela peut même desservir l’apprentissage. La théorie cognitive de l’apprentissage multimédia propose une explication alternative de la redondance de l’information : présenter une même information via deux modalités différentes représente une charge cognitive extrinsèque pour l’apprenant. En effet, connaissant les capacités cognitives limitées de l’apprenant, la redondance d’une même information entraîne un coût cognitif trop important (pensez à ce prof qui se contentait de lire ses diaporamas : on avait envie de lui faire avaler son vidéo-projecteur).

D’après les recherches, il est plus pertinent de présenter des informations auditives et visuelles complémentaires plutôt que redondantes. On nomme ce point : le principe de redondance (le nom est trompeur, ça m’énerve aussi). Ce principe suggère que les individus retiennent mieux des informations provenant de graphiques avec des mots parlés (narration) que de graphiques avec des mots parlés (narration) et ses mêmes mots imprimés (texte à l’écran) redondants.

 

Alors comme toujours, nuançons notre propos par quelques cas particuliers :
La redondance de l’information via différentes modalités est intéressante pour des mots ou des phrases courtes (mot clef, concepts), mais est pénalisante pour de plus longues explications.

La redondance est pertinente lorsque les apprenants ne sont pas familiers avec le vocabulaire utilisé et notamment dans l’apprentissage d’une nouvelle langue (cela permet d’encoder la prononciation et la grammaire).

D’après Mayer, ce principe ne consiste pas à ne jamais présenter une information verbale et textuelle en même temps. Comme expliqué, il existe des conditions particulières où la redondance d’une information est pertinente et des recherches sont encore en cours pour examiner les cas particuliers. L’idée est de comprendre le point central de l’apprentissage : l’intégration de plusieurs sources d’informations par l’apprenant.

Pour favoriser l’intégration de ces éléments il est donc intéressant de présenter des informations complémentaires plutôt que redondantes. De plus, il est nécessaire que l’organisation des informations visuelles permette de repérer immédiatement l’élément auquel se réfère l’exposé oral et que les liens entre le contenu oral et visuel soient explicites pour l’apprenant.
 
 


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 5 commentaires


  • Aurore

    Les principes de Mayer restent encore malheureusement trop méconnus… Pire phrase jamais prononcée par une collègue formatrice (qui n’aimait pas ma façon de faire des diaporamas) : « Un diaporama, c’est comme un livre, il doit tout y avoir d’écrit dedans ! ». J’ai cru que j’allais m’étrangler. Selon elle, les apprenants ont besoin de phrases avec sujet+verbe+complément pour bien suivre, sinon ils notent n’importe quoi… Y a encore du travail à faire chez les formateurs pour débunker tous les a priori. Notamment celui sur le style d’apprentissage.

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  • Anna

    « Ce principe suggère que les individus retiennent mieux des informations provenant de graphiques avec des mots parlés (narration) que de graphiques avec des mots parlés (narration) » >> c’est un piège ? 😉

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    • Schme

      C’est perturbant en effet mais il faut comprendre la répétition en allant jusqu’au bout de la phrase « graphiques avec des mots parlés (narration) ET ces mêmes mots imprimés (texte à l’écran) redondants. »

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    • Aymeric Debrun

      Bonjour Anna, en effet la rédaction de la phrase est un peu piégeuse. Pour résumer : mots narrés + graphiques complémentaires > mots narrés + ces mêmes mots écrits.

      Bonne journée.

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  • Tom

    En formation d’adultes nous utilisons le principe :
    « Je dis ce que je fais et j’écris ce que je dis », au même titre que l’entraînement est gage de réussite, la répétition facilite l’encodage.
    Quant aux différents types d’apprentissages, cela rejoins les différents types de mémoires..
    Il y a des personnes qui seront plus auditives, visuelles, kinesthésiques etc.., l’avancée des neurosciences à ce sujet est désormais admise.
    🙂

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