#JDF Episode 10 : « L’écoute brouillée »

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Dixième et dernier épisode du Journal du formateur : il fallait que ça s’arrête. Retrouvez bientôt la série complète sur Sydologie, et constatez que vous n’êtes pas seul(e) à connaître quelques désagréments en formation… Et si vous êtes formateur/trice en herbe, vous y trouverez de précieux conseils pour animer vos sessions !

Ce journal du formateur a pris une ampleur qui dépasse tout ce à quoi nous nous attendions : ma verve a fait florès, mes lecteurs se pâment devant la puissance de ma plume, on loue la pertinence de mes réflexions et la sagacité de mes observations, on s’extasie devant la typo utilisée sur Sydologie. Plusieurs sites de fans ont fleuri, notamment en Corée du Sud, où je suis devenu une vraie star. Une start-up a flairé la manne que je représente et commercialise des poupées « superformateur » à mon effigie. Grâce à moi, Sydo a multiplié son chiffre d’affaires par 7, chaque publication d’article occasionne une scène de liesse générale et le tout Lyon ne parle plus que de ce formateur qui fait œuvre de salubrité pédagogique en prodiguant ses conseils avisés. Je prends l’avion plusieurs fois par jour pour animer des master class aux 4 coins du globe et je connais personnellement Michel Drucker.

Un jour, ma boss m’a même fait un compliment.

 

Ite missa est

Cependant mes collègues trouvent que je commence à prendre la grosse tête (?) et me conseillent d’arrêter là : je serais devenu insupportable, ma santé mentale serait en jeu, et le fait que je dicte mes articles à un stagiaire pendant des heures sur le parvis de la basilique de Fourvière poserait problème. Hum soit. Les illustrateurs me fuient. Je ne les tiens pas en haute estime. Mon rédac chef, quant à lui, m’a carrément coupé la chique : « j’ai deux mots à te dire : TU ARRÊTES ». Vous le voyez, je n’ai pas le choix, d’autant que le gabarit dudit personnage est 3 fois plus important que le mien et qu’il est muni d’une barbe vickingo-hipstique qui continue à me foutre les jetons.

Voici donc le dernier épisode du journal du formateur. Adressez vos messages de déception, d’incompréhension ou d’insultes au rédac chef, et vos cadeaux d’au revoir, ex voto et dons directement à votre serviteur.

Depuis le début de la publication de cette série d’articles, j’ai reçu, outre la flopée de slips de fans, des brouettes de messages de pairs qui, tout comme moi, malgré leur flamboyance, leur prévoyance et leur pugnacité, ont la mauvaise surprise de trouver, de temps à autre, une couille dans le potage (on loue ma verve, je suis décomplexé). Ils partagent avec moi leurs mésaventures, me demandent de l’aide (certains (les flatteurs !) m’appellent « cher maître ») et je me dis qu’à nous tous, on commence à avoir une sacrée panoplie de solutions pour se sortir d’un paquet de galères pédagogico-potentielles.

Hélas, les écueils sont innombrables et nous, formateurs, de modestes Sisyphes…

Paradis perdu

Comme d’habitude, ça partait chouettement : en improvisateur attentif, j’avais passé la matinée à adapter en temps réel mon discours et mes activités aux attentes des formés, qui s’étaient avérées surprenantes. Je m’étais lancé dans un magistral rodéo pédagogique, abandonnant mon prezi pour réorganiser entièrement la journée dans ma tête tout en répondant aux questions stimulantes de mes apprenants pleins de bonnes idées et assoiffés de connaissance. C’était l’éclate.

Au mitan de la journée néanmoins, une retardataire est arrivée, chaleureusement accueillie par ses collègues et par moi-même – j’avais été prévenu de son retard et, bien entendu, adapté les activités prévues en groupes l’après-midi au nombre mouvant de participants. Pendant la pause méridienne, nous fîmes tous ensemble un sort aux plateaux-repas qui nous étaient destinés (ô bonheur écologique de manger à l’aide de couverts en carton des mets, par ailleurs honorables, présentés dans un embrouillamini d’assiettes et de couvercles en plastique) et reprîmes la formation. C’est là que ça se corse.

MAIS TU VAS PAS LA FERMER P***** DE B***** DE M**** ?????!!!!!!??????

Pendant que j’annonçais le déroulement de l’après-midi, la retardataire a échangé quelques mots et rigolé un peu avec sa voisine. Pas grave : elle était contente de retrouver ses collègues, c’était sa manière de s’intégrer au groupe. Mais tandis que je me lançais dans la présentation des différentes formes de schémas possibles, elle recommença à parler, avec son voisin et fort cette fois-ci. Je m’arrêtai quelques instants pour qu’elle se rende compte que je l’attendais : il n’en fut rien. Je repris donc en montant le volume et en espérant que les autres comprennent que j’étais dérangé : il n’en re-fut rien. Je lançai ensuite une activité, espérant lui permettre d’étancher sa soif de parole. Elle parla beaucoup pendant cette phase en effet.

Si vous êtes formateur ou formatrice, vous avez deviné la suite pour avoir, dites-moi que je ne suis pas seul, déjà été confronté(e) à ce genre de personnages : chaque fois que je reprenais la parole, elle parlait en même temps que moi, parfois de ce que nous venions de faire, et parfois – plus souvent – d’autre chose. J’avais de plus en plus de mal à dissimuler mon agacement, ma paupière gauche parkinsonnait et mon discours était de plus en plus haché. Je ne supporte pas que deux personnes parlent en même temps, et à plus forte raison quand l’une des deux, c’est moi. Bon sang de bois, je n’allais quand même pas la reprendre comme une élève de collège ou mettre un mot dans son carnet, elle finirait bien par se rendre compte que c’était insupportable ! Eh bien non : elle poussa même le vice jusqu’à me demander de réexpliquer le principe d’une activité que je venais de donner pendant qu’elle parlait. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à saigner du nez.

Admettre qu’on ne sait pas

Face à ce genre de relou(e)s qui nous donnent l’impression d’être devant les 4eD du collège de Brie-les-Glinglins et viennent en formation pour ne pas écouter ce qui s’y passe, que faire ?

  • Je ne sais pas. Peut-être la violence est-elle parfois une solution.

Il y a d’autres spécimens qui mériteraient quelque analyse : les formé(e)s qui travaillent pendant la formation, répondent à leurs mails ou passent des coups de fil, celles et ceux qui regardent leur téléphone toutes les minutes, etc.

Mais puisqu’on me bride, je tire ma révérence et vous souhaite, à toutes et tous, formateurs, formatrices et formé(e)s, d’excellentes sessions de formation !


 , ,

Aurélien Dorvaux

  • Master « Métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation » – Certifié de lettres modernes

Après huit années passées à réfléchir aux meilleurs moyens d’enseigner le français à des collégiens et des lycéens, j’ai eu envie d’utiliser mes savoir-faire et de prolonger mes réflexions sur la pédagogie dans un autre contexte. J’aime m’interroger sur les mécanismes qui conduisent à la compréhension et sur l’apprentissage. Et comme tous les sujets m’intéressent, je trouve chaque jour chez Sydo de quoi satisfaire ma curiosité !

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 Un commentaire


  • Julie

    Bonsoir,

    Formatrice aguerrie, je n’ai aucun mal à demander aux apprenants de ne pas tenir de conversations parallèles à la formation et à leur demander leur carnet (non je déconne, je leur rappelle juste que la pause café est utilisée à cette fin).
    Cela dit, je fais des pauses de 5 à 10 minutes lors de journée de formation de 7h. La concentration moyenne d’un adulte est largement altérée au bout d’une heure.

    En tout cas merci pour ce partage d’expérience, fort agréable à lire. Attention aux chevilles quand même 😉

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