#JDF Episode 7 : Les non-enfants du numérique

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Septième épisode de notre série mensuelle « Le journal du formateur ». Ces articles seront l’occasion de faire le tour des galères que connaissent tous les formateurs, mais aussi de mettre en avant les meilleurs moments de ce chouette métier. Vous souhaitez vous aussi témoigner ? Ecrivez-nous : contact@sydologie.com

Je suis né au début des années 80, à une époque où les ordinateurs personnels (on ne disait pas encore PC ; enfin si, on disait PC, mais pas pour parler d’ordinateur) les plus vendus étaient des Commodore 64 (64Ko de mémoire vive, microprocesseur 8 bits et BASIC intégré), où les téléphones avaient non seulement un fil mais aussi un cadran (les gens qui avaient un numéro de téléphone comportant plus de 3 zéros ne devaient pas recevoir beaucoup d’appels), et où la sortie du Minitel était en train de révolutionner le monde des télécommunications (dans les familles qui avaient la possibilité de se le payer du moins – et à 60 balles de l’heure, sachant qu’il fallait 2h15 pour afficher les résultats du BEPC, c’était pas la majorité des Français (même si les « balles », à l’époque, c’était des Francs et pas des Euros, et que 60 balles ça faisait donc 9€15)).

Simili-lézard

A l’école primaire, on suivait tout heureux et tout petits des cours d’informatique sur TO8 et MO6 (pas les droïdes du prochain Star Wars, les ordinateurs à cassette de chez Thomson). Un après-midi par mois, on apprenait à faire des carrés et des étoiles en Logo en pilotant une tortue amnésique (quand ça marchait, soit 1 mois sur 3).

Le week-end, j’allais jouer à l’ordinateur chez un voisin sans doute pote avec le père-noël himself car possédant un Amstrad CPC 6128. On se maravait virtuellement (si si, on peut dire ça, c’était déjà virtuel) en jouant à Barbarian : sur une bande-son ressemblant à un subtil mélange de froissements de papier crépon et d’imitation du bruit de l’océan par ma nièce de 5 ans enregistré sur cassette audio, des personnages aux couleurs indéterminées se battaient devant un décor fixe et exotique jusqu’à ce que l’un de ces deux amas de pixels se fasse décapiter par son homologue et qu’un sac plastique vert figurant manifestement un lézard vienne récupérer la tête du belligérant malheureux. Mon voisin avait également Commando : là, on incarnait un soldat (ressemblant étrangement au lézard croquemort de Barbarian… il devait palper un max de blé, le lézard ! même si le blé, c’était des Francs à l’époque) et il s’agissait de monter à l’assaut d’on ne savait pas quoi en évitant les balles et les grenades de l’armée adverse (?). Tout ça sur une bande-son en 7-bit qui vient de me vriller les oreilles à la réécoute – mon casque n’a pas dû être conçu pour transmettre une telle qualité sonore.

Rendez-vous en salle informatique

A l’adolescence, j’eus la chance de profiter du PC (les temps avaient changé, on disait PC maintenant) dont mon frère aîné avait fait l’acquisition, et surtout d’une connexion internet balbutiante et capricieuse acheminée jusqu’à ce dernier par l’intermédiaire d’un modulateur-démodulateur (on disait déjà modem, c’est pour faire rétro) de toute beauté et au bruit caractéristique. Je le réécoute en écrivant grâce à Wikipédia et, le son étant aussi étroitement lié à la mémoire que les odeurs et les mots, un grand espoir m’envahit, écho des dizaines heures d’attente – en temps cumulé – passées à côté du modem (je n’ai pas fait de statistiques à l’époque, je passais pas mal de temps à regarder les premières saisons de Friends doublées en français à la télé – ah ! la pluie devant le Central Perk !), la probabilité pour que la connexion ne soit jamais établie oscillant entre 60 et 99% selon la température extérieure, le prix du gaz et la distance entre Mercure et Uranus au moment de l’essai.

Mes contacts avec l’informatique dans le cadre de ma scolarité se sont limités à des séances sporadiques en salle informatique pour faire 3 exos de technologie, des expériences de conversion analogique-numérique sur plaques Labdec ou réaliser un document word d’une demi-page.

« Main droite, lustrer, main gauche, frotter »

Mais les années 90 passent et l’on ne sait toujours pas quel est le rapport entre cet article et la formation, ce que ces lignes font dans le journal du formateur, quand est-ce qu’il va nous les sortir ses précieuses expériences, ses anecdotes pleines de sagesse et ses conseils de professionnel, sérieusement je ferais mieux de regarder ce que ma cousine a mangé à midi sur Facebook, d’auto-liker un de mes posts linkedIn ou de lire les réactions outrées suite au dernier tweet de l’arrière-petit neveu de Catherine Lara.

Calmez-vous. Faites-moi confiance, comme le jeune Daniel fait confiance à son vieux maître qui lui fait laver sa voiture au lieu de lui apprendre comment éclater des tronches à coups de high-kicks efficaces dans Karaté Kid. Vous saurez tout dans le prochain épisode.

 


 

Aurélien Dorvaux

  • Master « Métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation » – Certifié de lettres modernes

Après huit années passées à réfléchir aux meilleurs moyens d’enseigner le français à des collégiens et des lycéens, j’ai eu envie d’utiliser mes savoir-faire et de prolonger mes réflexions sur la pédagogie dans un autre contexte. J’aime m’interroger sur les mécanismes qui conduisent à la compréhension et sur l’apprentissage. Et comme tous les sujets m’intéressent, je trouve chaque jour chez Sydo de quoi satisfaire ma curiosité !

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