[Sus aux neuromythes !] Episode 8 : Trouve ton style d’apprentissage pour booster celui-ci ! (partie 2/2)

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Vous l’attendiez tous impatiemment, voici la seconde partie de l’article sur les styles d’apprentissage afin de découvrir ensemble pourquoi suivre aveuglément ce neuromythe (et bien d’autres) est dangereux.
 

Attention, les neuromythes sont dangereux

 
Alors pourquoi ? Bah un peu comme d’habitude. Déjà, parce qu’au niveau apprentissage, ranger des individus dans des cases et leur assigner une seule modalité de transmission, eh bien ce n’est pas très efficace, voire c’est potentiellement risqué pour les élèves et formés.

Le manque de diversité au niveau pédagogique peut freiner l’attention et la mémorisation des apprenants. Par ailleurs, enfermer des individus dans des modèles peut détruire la curiosité, voire la motivation des apprenants.

En effet, un individu qui serait « diagnostiqué » comme ayant un profil « visuel » pourrait se bloquer devant une présentation descendante et seulement audio d’un professeur ou d’un formateur. Ou un autre pourrait expliquer son échec à un examen du fait d’un décalage entre son « profil » identifié et les procédés d’apprentissage proposés.

Et qu’en est-il de la capacité de chacun à apprendre « autrement » ? Comment un individu pourra-t-il se débrouiller dans son quotidien s’il doit affronter une situation où il est sorti de sa zone de confort ?

Malheureusement, ce neuromythe est très diffusé dans le monde éducatif : plus de 90% des enseignants au Royaume-Uni, aux Pays-Bas et en Espagne croyaient en cette théorie en 2012 [1]. Ainsi, dans certaines classes, des élèves se voient affublés de la lettre V, A ou K selon s’ils sont considérés comme « visuel », « auditif » ou « kinesthésique ». Personnellement, j’aurais directement gravé au couteau cette lettre sur leur front.

Enfin, ce neuromythe est dangereux car comme tout neuromythe, ou presque, il a permis à des gens peu scrupuleux de s’enrichir fortement sur le dos de croyances erronées. De nombreux tests ou outils ont ainsi été produits en déformant ou extrapolant les résultats de recherches dans le domaine des profils d’apprentissage. Ces dérivés, ne bénéficiant d’aucune base scientifique solide, sont vendus à prix d’or et peuvent freiner la vitesse d’apprentissage et la réussite des élèves ou formés.

Je vous invite à consulter (avant de payer svp) certains outils qui ressemblent beaucoup aux tests de personnalité très en vogue malheureusement. Ainsi, suivant les tests, on peut être considéré comme « actif », « réfléchi », « théoricien » ou « pragmatique » ou encore « divergent », « assimilateur », « convergent » ou « accommodant » ou bien encore l’apprenant « why », « what », « how » ou « if ».

Pratiques, ces cases, non ? Rassurantes, tout du moins… On peut tout bien ranger en mode Kondo. Et dire que beaucoup de ces tests se basent sur LE neuromythe par excellence : nous sommes tous soit cerveau droit, soit cerveau gauche. Quand un neuromythe se base sur un autre pour fonctionner, c’est l’antre des enfers.

Et malheureusement, chaque nouveau test ou autre produit commercialisé sur le sujet continue d’alimenter ce neuromythe et la confusion scientifique.
 

De la simple soupe servie aux naïfs ?

 
Mais ne jetons pas tout, ce serait trop réducteur. Comme chaque neuromythe (ou presque), celui-ci découle de recherches scientifiques qui poursuivent un but assez vertueux (souvent le même pour les neuromythes) : comprendre les difficultés d’apprentissage de certains individus et améliorer la transmission de connaissances et de compétences.

Cependant, et encore une fois, il faut savoir prendre du recul avec ces outils et théories.

Il existe bien des préférences d’apprentissage, et non pas des profils d’apprentissage à proprement parler. Ce ne sont que des habitudes travail qui mettent les apprenants dans un certain confort. Cependant, rien ne prouve que se conformer à ces préférences permet aux individus de maximiser leur apprentissage.

En résumé, on peut tenter de déterminer les préférences d’apprentissage d’un groupe d’apprenants afin d’avoir une idée plus ou moins juste de la composition de celui-ci et de ses habitudes. Cependant, il ne faut pas prendre les résultats pour argent comptant, ne pas les extrapoler et ne pas croire que s’adapter parfaitement à leurs habitudes sera efficace ni même souhaitable.
 

Comment mieux transmettre alors ?

 
Plusieurs conseils seraient à donner à toute personne se trouvant dans une situation de transmettre un savoir :

Adapter la méthode au contexte d’apprentissage, aux contenus à transmettre, aux objectifs d’apprentissage, aux capacités des apprenants et à leur intérêt quant au sujet ;

Multiplier les approches et les modalités d’apprentissage afin de répéter de manière variée ce savoir, de façon à mieux capter l’attention des apprenants tout en facilitant la mémorisation. Les expériences en neurosciences et l’imagerie cérébrale ont démontré à maintes reprises que le cerveau agit en inter-connectivité et que le processus d’apprentissage ne se contente pas d’un seul canal d’apprentissage.

Échanger avec des praticiens, des professionnels du monde éducatif ou de la formation afin, éventuellement, de discuter des théories sur le sujet avant de les appliquer à la lettre sans le recul nécessaire
 
 
 
A vous de jouer !
 
 
 
 
 
[1] (1, 2) Dekker, S., Lee, N. C., Howard-Jones, P., & Jolles, J. (2012). Neuromyths in education: prevalence and predictors of misconceptions among teachers. Frontiers in Psychology, 3.


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Aymeric Debrun

  • Diplômé de Sciences Po Lyon – Master Coopération internationale et aide au développement

Découvrir un domaine inconnu, une nouvelle idée, une information ignorée. Se mettre à lire, étudier, analyser, comprendre. Puis approfondir, creuser, se passionner. Et enfin intriguer, intéresser, expliquer, transmettre. Et recommencer.

Un chemin maintes et maintes fois parcouru aussi bien dans ma vie personnelle qu’étudiante. Chez Sydo, j’ai trouvé un travail pour continuer à l’arpenter et faire de ce chemin… un schéma pédagogique.

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 Un commentaire


  • Aurore

    Merci pour vos articles sur les neuromythes, qui, je l’espère, en aidera plus d’un.

    Si vous voulez également faire un article sur le mythe des 3 cerveaux (reptilien, limbique et néocortex), ce serait une joie de le lire et de le partager.

    Répondre

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