[Sus aux neuromythes !] Episode 5 : Nous pouvons apprendre une nouvelle langue en dormant !

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 « J’ai tellement dormi que je me suis levé trilingue (et je parle le klingon) »

L’hypnopédie est une méthode d’enseignement basée sur la théorie que l’apprentissage continuerait durant notre sommeil grâce à la capacité de notre cerveau à enregistrer des informations durant les phases de repos.

N’est-ce pas le rêve de tout un chacun (surtout des étudiants, on ne va pas se mentir) : dormir (en écoutant ses leçons), ne pas réviser (de façon active) et cartonner à ses examens ?

Nombreux sont ceux qui ont surfé sur ce « rêve » pour vendre leurs leçons à écouter durant le sommeil afin de maîtriser en quelques jours ou semaines une nouvelle langue. Les vidéos et podcasts promettant ce résultat pullulent sur internet (je vous invite à faire quelques recherches sur Youtube, c’est effrayant).

Alors, peut-on réellement apprendre une nouvelle langue durant notre sommeil ?

Eh bien non. Le cerveau est capable de bien des choses et le sommeil a de nombreuses vertus mais, à ce stade et d’après les neuroscientifiques, il est impossible d’apprendre une nouvelle langue en nous cantonnant à écouter des enregistrements en dormant.

Trier, hiérarchiser, éliminer, renforcer et recommencer

Est-ce pour autant totalement faux ? Le cerveau dort-il durant notre sommeil ? N’a-t-il aucune fonction liée à l’apprentissage durant le repos ?

Eh bien non, non plus. Le sommeil a de nombreux rôles pour l’apprentissage et l’assimilation de données.

Lorsque l’on dort, le cerveau trie les informations collectées dans la journée, les hiérarchise, élimine celles qui ne présentent aucun intérêt (afin d’éviter une surcharge) et, au contraire, renforce celles qui semblent importantes, afin de faciliter leur mémorisation.

Alors, comment est-ce que cela fonctionne à l’intérieur ? Durant toute la journée, chaque chose vécue (que ce soit une discussion, un accident de voiture ou la lecture du livre d’Enjoy Phoenix) laisse une trace dans notre cerveau. L’acquisition de ces nouvelles informations entraîne l’établissement de nouvelles connexions synaptiques entre les neurones.

Durant nos phases de sommeil profond et de sommeil paradoxal, ces connexions s’affaiblissent et le cerveau choisit alors celles qu’il élimine (les informations qu’il décide de nous faire oublier) et celles qu’il stabilise (les informations qu’il faut consolider).

Les chercheurs nous ont aussi appris que les informations collectées juste avant de se coucher ont davantage de chances d’être mémorisées. Aussi, la technique des étudiants qui consiste à lire les leçons juste avant de dormir semble avoir du sens – notamment pour les personnes à haut potentiel qui ont des phases de sommeil paradoxal plus longues et fréquentes.

Apprentissage actif et passif

Les neuroscientifiques ont multiplié les expériences afin de tester la capacité du cerveau à apprendre (des informations déjà vues) durant le sommeil en exposant notamment des individus à des mots ou phrases déjà entendus ou lus lorsqu’ils étaient conscients.

D’après leurs résultats, il serait possible de réactiver des connaissances durant le sommeil afin d’en améliorer la mémorisation.

Des tests similaires ont été réalisés avec des mots et phrases inconnus et les résultats ne furent pas concluants. Aussi, la maîtrise d’une nouvelle langue semble toujours nécessiter un apprentissage actif, lorsque nous sommes éveillés et que notre attention est activée.

Cependant, l’écoute, durant la phase passive (le sommeil), d’éléments de langage déjà vus durant la phase active permet de consolider ces nouveaux apprentissages, de les digérer et de les ancrer plus profondément. Aussi, ces deux méthodes d’apprentissage (active et passive) semblent donner des résultats complémentaires.

Pour autant, il ne faut pas trop solliciter le cerveau durant le sommeil afin de ne pas le perturber. En effet, cette phase passive est cruciale pour le cerveau afin qu’il hiérarchise et consolide les choses vécues durant nos journées mais aussi afin qu’il se repose pour maintenir son efficacité (le cerveau restant un muscle).

Apprendre en dormant : un neuromythe encore longtemps ?

Si dans un article précédent, j’ai pu vous expliquer que les vérités scientifiques d’hier pouvaient être les neuromythes d’aujourd’hui, dans celui-ci, nous allons voir que les neuromythes d’aujourd’hui pourraient vraisemblablement être les vérités scientifiques de demain. Vous me suivez ?

Autrement dit, apprendre une langue en dormant pourrait ne pas être un simple rêve. En effet, des chercheurs en psychologie de l’Université de Berne ont récemment fait une découverte [1] remettant totalement en question la certitude neuroscientifique selon laquelle il est impossible d’apprendre des informations nouvelles et de les retenir durant notre sommeil.

Ces derniers ont fait écouter à des individus durant leur « sommeil lent profond » des mots dans une langue inventée ainsi que leur traduction en allemand (afin d’être certains que ces personnes ne connaissaient pas ces mots ou phrases).

Les chercheurs ont ensuite présenté ces mots inventés sans leur traduction à ces individus maintenant éveillés. Ils leur ont ensuite demandé si les éléments désignés par ces mots pouvaient ou non rentrer dans une boîte à chaussures (ce qui était le cas de la moitié). L’objectif ici est de faire travailler leur mémoire inconsciente, leur instinct.

Le pourcentage de réponses justes à ces interrogations semble suggérer qu’elles ne sont pas le simple fruit du hasard [2]. Le cerveau de ces « cobayes » semble ainsi avoir créé un lien entre le concept connu (la traduction) et le mot inventé durant leur sommeil et gardé en mémoire ce lien une fois éveillés si bien qu’ils réagissent instinctivement à l’écoute de ces mots inventés.

Le cerveau d’un individu endormi semble pouvoir ainsi coder des informations nouvelles, les mémoriser et créer de nouvelles associations grâce à une mémoire qui serait inconsciente, instinctive.

Nous sommes encore bien loin de pouvoir apprendre une nouvelle langue sans apprentissage actif (comme le promettent nombre de charlatans) mais cette nouvelle découverte ouvre le champ des possibles quant à l’exploitation du sommeil pour apprendre !
 
« Apprendre une nouvelle langue en dormant » : est-ce un neuromythe ? Aujourd’hui, oui. Mais demain ?
 
 
 
[1] Source

[2] Les chercheurs firent aussi d’autres découvertes durant cette expérimentation. Grâce à l’IRM, ils ont notamment pu remarquer que l’hippocampe (région chargée du passage de la mémoire à court terme à celle à long terme) ainsi que les zones du langage ont été activées lorsqu’ils passèrent les enregistrements aux cobayes endormis.
 
 


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Aymeric Debrun

  • Diplômé de Sciences Po Lyon – Master Coopération internationale et aide au développement
  • Master 2 en Relations Internationales

Découvrir un domaine inconnu, une nouvelle idée, une information ignorée. Se mettre à lire, étudier, analyser, comprendre. Puis approfondir, creuser, se passionner. Et enfin intriguer, intéresser, expliquer, transmettre. Et recommencer.

Un chemin maintes et maintes fois parcouru aussi bien dans ma vie personnelle qu’étudiante. Chez Sydo, j’ai trouvé un travail pour continuer à l’arpenter et faire de ce chemin… un schéma pédagogique.

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