[Sus aux neuromythes ! ] Episode 2 : Vous êtes plutôt « cerveau gauche » ou « cerveau droit » ?

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Vous avez déjà croisé une femme en train d’expliquer qu’elle était plutôt « cerveau droit » car elle avait vaguement peint une croûte durant un été trop long ou pour justifier son niveau lamentable en arithmétique ? Ou encore un homme se pavaner d’être « cerveau gauche » car il a réussi à terminer un escape game (hors du temps imparti, ça va de soi) ?

Un cerveau composé de deux hémisphères

Comme chacun sait (ou devrait savoir), le cerveau est constitué de deux parties reliées entre elles par le corps calleux, l’hémisphère droit et l’hémisphère gauche.

Les recherches scientifiques semblent nous démontrer une relative spécialisation de chacun des deux hémisphères : l’hémisphère gauche serait celui de la logique, du calcul, de la rationalité mais aussi celui du langage ; l’hémisphère droit, quant à lui, serait celui de la créativité, de l’intuition, de l’imagination, des perceptions ainsi que des émotions.

Le cerveau gauche nous permettrait de comprendre de manière plus séquentielle, analytique, dans le détail. Au contraire, avec le cerveau droit, on appréhenderait les choses dans leur globalité, de manière synthétique, on analyserait les configurations complexes et on se repérerait dans l’espace de manière tridimensionnelle.

Des résultats scientifiques mal interprétés

De ces découvertes scientifiques sont nées des interprétations et distorsions aussi fausses que dangereuses (et souvent véhiculées par des « spécialistes »). La principale est que chaque individu, selon sa personnalité, son sexe ou bien même son origine ethnique, aurait un hémisphère dominant, qu’il utiliserait davantage que l’autre.

Cette théorie entraîna des classifications qui eurent (ont) d’importants impacts au niveau éducatif, coinçant certaines personnes dans des cases artificielles.

Ainsi, chacun dépendrait davantage de son « cerveau gauche » ou de son « cerveau droit ». Les femmes se serviraient davantage de leur cerveau droit et les hommes de leur cerveau gauche. Qui n’a jamais entendu son/sa professeur(e) de mathématiques lui dire « ah, tu as du mal avec la géométrie dans l’espace, c’est normal, tu es un garçon, tu fonctionnes avec ton cerveau gauche, tu n’y peux rien » (ou inversement si vous êtes une femme) ?

Les hommes seraient alors doués de logique et les femmes seraient, elles, créatives et imaginatives (dois-je vraiment préciser que cela n’est basé sur aucune étude scientifique, aucune réalité biologique ?).

Dans la même veine, Robert Ornstein, psychologue de profession, avançait dans les années 1970 que les « Orientaux » utilisaient majoritairement leur cerveau droit, leurs intuitions et émotions (à la manière des animaux ?), à la différence des « Occidentaux », plus logiques et rationnels (plus intelligents quoi !). Le renouveau de l’orientalisme saupoudré de neurosciences.

Une communication inter-hémisphère permanente

Quelle fut notre surprise quand on découvrit que les deux hémisphères étaient interdépendants ! Ces deux parties du cerveau ont besoin l’une de l’autre, fonctionnent de manière concomitante en échangeant constamment messages et données. La lecture par exemple, habituellement attribuée au « cerveau gauche », dépend de sous-blocs se situant dans les deux hémisphères.

Anatomiquement, les deux hémisphères sont étroitement liés. Des structures nerveuses (le corps calleux) les relient et leur permettent de communiquer ensemble. Aussi, de nombreux neurones ont leur noyau dans un hémisphère et leur axone dans l’autre.

Eh non, contrairement à ce que certains ont cru pendant longtemps, les deux hémisphères ne fonctionnent pas de manière indépendante et ils ne peuvent pas s’opposer (adieu Docteur Jekyll et Mister Hyde).

Oubliez donc ce neuromythe et gardez en tête que pour réfléchir ou pour créer, vous aurez nécessairement besoin que vos deux hémisphères fonctionnent et ce, de manière coordonnée !

 


Aymeric Debrun

  • Diplômé de Sciences Po Lyon – Master Coopération internationale et aide au développement
  • Master 2 en Relations Internationales

Découvrir un domaine inconnu, une nouvelle idée, une information ignorée. Se mettre à lire, étudier, analyser, comprendre. Puis approfondir, creuser, se passionner. Et enfin intriguer, intéresser, expliquer, transmettre. Et recommencer.

Un chemin maintes et maintes fois parcouru aussi bien dans ma vie personnelle qu’étudiante. Chez Sydo, j’ai trouvé un travail pour continuer à l’arpenter et faire de ce chemin… un schéma pédagogique.

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 2 commentaires


  • Aurore

    Que des citoyens qui ne travaillent ni dans les neurosciences ni dans la formation ne le sachent pas, soit. Mais que des professionnels de ces domaines continuent de de propager ces mythes, ça me dépasse. On trouve cette histoire de cerveau gauche gauche/cerveau droit, ainsi que plein d’autres mythes, dans de nombreux ouvrages et je me pose toujours la même question : POURQUOI ?!!!

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    • PASCAL

      Sans doute car la catégorisation rassure et permet de limiter la complexité. Si cela rassure le formateur (ou le vendeur, le manageur…), il sera peut-être meilleur dans sa pratique et du coup, cela renforcera sa croyance. Ceci dit ces catégorisations comme les VAK ont le mérite de poser la question de la variété des canaux, outils, techniques et méthodes pédagogiques à utiliser pour atteindre l’objectif d’apprentissage.

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