Lors des épisodes précédents, nous avons posé le diagnostic ensemble : le numérique pèse, la formation en ligne n’échappe pas à la règle et l’écoconception commence bien avant de démarrer le développement technique d’un module.
Partons du principe que nous avons décidé, après avoir analysé le besoin et le public cible, que le module e-learning commandé par notre client doit exister. Maintenant, il faut démarrer la conception. Et là aussi, chaque choix a un impact.
C’est tout l’objet de ce nouvel article : quels arbitrages faire pour produire un module e-learning sobre, sans sacrifier son efficacité pédagogique ?
Module e-learning sobre : la vidéo, l’incontournable à questionner
La vidéo est devenue le format par défaut de la formation en ligne (chez Sydo particulièrement, on ne va pas se mentir). Elle est souvent perçue comme plus engageante qu’un texte, notamment pour démarrer un module. En gros, elle rassure les commanditaires.
Mais c’est aussi, et de loin, le format le plus lourd en matière de poids de fichier, de bande passante consommée et d’énergie nécessaire pour diffuser et stocker les contenus. Une minute de vidéo en haute définition non compressée peut peser plusieurs centaines de mégaoctets. Une fois compressée intelligemment, ce même fichier peut être réduit de 70 % sans perte visible de qualité. Ce n’est pas anodin quand un module est visionné des milliers de fois.
Mais avant même la question de la compression, il faut se poser celle de la pertinence. Est-ce que cette vidéo apporte quelque chose qu’un autre format ne pourrait pas apporter ?
Pour expliquer un concept abstrait, illustrer une situation relationnelle ou montrer un geste technique, la vidéo a une vraie valeur ajoutée. Pour lire un texte face caméra ou présenter des bullet points qui auraient aussi bien leur place dans quelques écrans interactifs, ou même un PDF, elle n’en a aucune.
Et si vous voulez vraiment mettre de la voix, pour incarner le message par exemple, privilégiez l’audio plutôt que la vidéo, surtout quand l’image n’apporte rien, ce qui est souvent le cas : une voix off sur une illustration fixe consomme bien moins qu’une vidéo HD.
Et si un module e-learning sobre passe quand même par de la vidéo parce que c’est pédagogiquement justifié, limitez la durée des séquences vidéo à ce qui est strictement nécessaire et compressez systématiquement les fichiers avant mise en ligne. Des outils comme HandBrake permettent de le faire gratuitement, sans compétence technique particulière.
Les images : le détail qui change tout
Après la vidéo, les images sont le deuxième poste de poids dans un module e-learning. Et beaucoup de mauvaises habitudes s’accumulent quant à la gestion des images : des photos HD téléchargées depuis une banque d’images et intégrées telles quelles, des illustrations exportées en PNG alors qu’un SVG ferait le même travail en dix fois moins de mégaoctets, des myriades de visuels décoratifs qui n’apportent aucune valeur pédagogique mais alourdissent chaque écran.
Quelques bons réflexes. Tout d’abord, se poser la question de la légitimité de chaque image est un réflexe d’écoconception. Ce visuel sert-il l’apprentissage ou est-il là seulement pour décorer ? Une image décorative sans valeur pédagogique, c’est du poids inutile, et une distraction potentielle pour l’apprenant.
Ensuite, pour les images que vous avez décidé de conserver après étude de leur légitimité, le principe de base est simple. Il faut utiliser le format adapté à l’usage :
- Les images vectorielles (SVG) pour les illustrations et icônes. Elles sont légères et s’adaptent à toutes les résolutions.
- Le format WebP pour les photos. Il offre une qualité équivalente au JPEG pour un poids nettement inférieur.
Et dans tous les cas, redimensionner les images à la taille réelle d’affichage avant de les intégrer, plutôt que de laisser le navigateur faire le travail à votre place.
La durée des modules : moins longs, plus efficaces
C’est l’un des arbitrages les plus directs : un module plus court, c’est moins de contenus à héberger, moins de ressources à charger, moins de bande passante consommée. Et c’est aussi souvent une meilleure expérience pour l’apprenant.
Les sciences cognitives le confirment depuis longtemps : la charge cognitive a ses limites, et au-delà d’un certain seuil, l’apprentissage se dégrade. Un module de 20 minutes bien construit sera presque toujours plus efficace qu’un module d’une heure qui essaie de tout couvrir.
Si vous dépassez une certaine durée, le cerveau de vos apprenants ne retiendra qu’un faible pourcentage des messages que vous vouliez leur faire passer, et pas forcément les plus importants.
La tendance du microlearning, des séquences courtes et ciblées, va dans ce sens, et elle rejoint parfaitement la logique d’écoconception.
La clé est de résister à la tentation de l’exhaustivité. Un module n’a pas à couvrir l’intégralité d’un sujet. Il vise des objectifs pédagogiques précis. Tout ce qui n’y contribue pas directement est superflu, pédagogiquement et écologiquement.
Le choix des interactions : sobriété n’est pas passivité
Un module sobre n’est pas un module passif. L’écoconception ne plaide pas pour supprimer toutes les interactions. Elle plaide pour ne garder que celles qui ont une vraie valeur pédagogique.
Certaines interactions sont coûteuses en développement, en poids de fichier et en maintenance, pour un apport pédagogique discutable : souvent, les animations d’entrée sur chaque écran, les transitions élaborées, les interactions « clique partout pour découvrir » ne testent rien et n’apprennent rien. Et ces ajouts superflus rendent vos modules moins accessibles aux personnes en situation de handicap.
D’autres ont un impact pédagogique réel : les quiz de compréhension, les mises en situation, les exercices d’application. C’est sur ces interactions-là qu’il faut concentrer l’effort.
La méthode MoSCoW, qu’on a évoquée dans l’épisode précédent, s’applique ici mot pour mot : cette interaction est-elle indispensable pour atteindre des objectifs, ou est-elle là parce qu’elle « fait bien » ?
Le choix de l’outil auteur : une décision qui compte
Cette partie est spécifique aux individus ou sociétés qui utilisent majoritairement des outils auteurs, comme Storyline, Rise ou encore Genially (qu’on peut considérer aujourd’hui comme tel).
Le choix de l’outil est une dimension souvent négligée dans les réflexions sur l’écoconception de l’e-learning. Pourtant, l’outil auteur utilisé a une influence directe sur le poids des modules produits, leur compatibilité avec des équipements variés et les opérations nécessaires à leur maintenance.
Certains outils génèrent des modules lourds, peu optimisés, qui embarquent des librairies entières même quand on n’en utilise qu’une fraction. D’autres, plus légers et plus standards, produisent des contenus plus sobres et plus durables.
Sans entrer dans une comparaison outil par outil, quelques critères méritent d’être intégrés au moment du choix :
– Est-ce que l’outil produit des contenus compatibles avec des navigateurs et équipements variés ?
– Est-ce qu’il permet d’optimiser facilement les ressources ?
– Est-ce que les modules produits seront maintenables dans deux ou trois ans, y compris par quelqu’un qui n’était pas dans l’équipe de départ ?
Des solutions open source comme H5P méritent d’être explorées dans cette optique (quand bien même l’étendue des possibilités offertes par cet outil comparativement à ses concurrents est plus limitée). Elles produisent des contenus interactifs légers, standards et faciles à maintenir dans le temps.
Un module e-learning sobre est un module mieux conçu
Ce qui ressort de tous ces arbitrages, c’est qu’un module e-learning sobre est presque toujours un module mieux conçu. Moins de vidéos inutiles, c’est moins de distraction et plus de clarté. Des modules plus courts, c’est un meilleur respect de la charge cognitive. Des interactions ciblées, c’est un apprentissage plus actif et plus mémorable.
L’écoconception e-learning ne demande pas de sacrifier la qualité sur l’autel de la sobriété. Elle demande d’interroger chaque choix et de ne garder que ce qui compte vraiment. Ce qui, au fond, est simplement une bonne définition de la conception pédagogique.
Dans le prochain et dernier article de cette série, on abordera les deux dernières phases du cycle de vie d’une formation : le déploiement et la maintenance. Parce que concevoir sobre, c’est bien. Mais encore faut-il héberger, déployer et faire évoluer ses formations dans la même logique.
À la semaine prochaine.
Illustration réalisée via Gemini
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