Analyse des besoins e-learning : la clé d’une écoconception réussie

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analyse des besoins e-learning

Il y a une scène qui se reproduit dans à peu près tous les projets d’e-learning. Le commanditaire arrive avec une idée précise : « On aurait besoin d’un module e-learning sur la sécurité au travail. Une heure maximum, avec des quiz et des vidéos. Faut que ce soit interactif et ludique, bien sûr. Oh, et il faudrait que ce soit disponible en trois langues pour le déploiement international. Ah au fait, j’en ai besoin pour dans six semaines. »
 
L’ingénieur pédagogique hoche la tête et fonce. Quelques semaines (mois, ne nous mentons pas) plus tard, ce module sort de terre. Il est hébergé sur le LMS du client, accessible aux apprenants, coché dans le plan de formation.
 
Mais est-ce que quelqu’un a vraiment pris le temps de se demander si ce module devait exister ? Sous cette forme ? Pour ces apprenants-là ?
 
Dans les deux premiers articles de cette série sur l’impact environnemental de la formation en ligne et sur les 3 piliers de l’écoconception e-learning, on a posé les bases.
 
Aujourd’hui, on entre dans le concret : comment l’écoconception transforme-t-elle la phase d’analyse des besoins en e-learning, cette étape qu’on a trop tendance à expédier quand les délais pressent ?
 

L’analyse des besoins en e-learning : l’étape la plus décisive pour l’écoconception

 
Il y a un principe qui mérite d’être formulé franchement : le module au plus faible impact environnemental est celui qu’on choisit de ne pas produire (petit clin d’œil à la phrase « Le meilleur déchet, c’est celui qu’on ne produit pas »).
 
L’essentiel de l’impact environnemental d’une formation se joue avant même qu’on commence la conception. Chaque décision prise en amont (sur le format, la durée, les médias, la pertinence même du dispositif) conditionne tout ce qui suit. Plus on intervient tôt dans l’analyse des besoins en e-learning, plus la marge de manœuvre est grande. Plus on attend, plus on optimise à la marge, on bricole, au risque de faire du greenwashing.
 
Ce n’est pas une logique propre à l’écoconception. C’est ce que tout ingénieur pédagogique sérieux sait depuis longtemps : une bonne analyse des besoins évite de produire des formations inadaptées, coûteuses à maintenir et peu efficaces. L’angle écologique y ajoute simplement une dimension supplémentaire, et finalement très cohérente : une formation mal ciblée, c’est du gaspillage pédagogique et environnemental à la fois.
 

Le numérique est-il vraiment la bonne réponse ?

 
C’est la question qu’on ne pose presque jamais. On vous demande un module e-learning, vous faites un module e-learning. Logique.
 
Sauf que le numérique n’est pas toujours le format le plus pertinent. Pour certains apprentissages (des gestes techniques, des postures professionnelles, des situations relationnelles complexes, etc.) une formation en présentiel avec une mise en situation peut être bien plus efficace qu’un module interactif. Et beaucoup moins coûteuse en ressources, aussi bien humaines qu’environnementales.
 
Concrètement, il faut commencer par poser deux questions (parfois inconfortables) au commanditaire :
Est-ce que le numérique est vraiment le meilleur vecteur pour atteindre les objectifs pédagogiques ?
Et avant de lancer une production complète, a-t-on fait le tour de ce qui existe déjà ?
 
Ce dernier point mérite qu’on s’y arrête. Réutiliser un contenu existant, c’est à la fois un gain de temps, une économie de production et une réduction directe de l’empreinte du projet. On en parle d’ailleurs dans notre article sur les 4 questions à vous poser avant de concevoir un contenu e-learning.
 

Affiner le besoin avec la méthode MoSCoW

 
Une fois qu’on a validé que le numérique est pertinent, il faut affiner le besoin. Et c’est là que beaucoup de projets dérivent : on commence avec un objectif clair, et on se retrouve avec un module surchargé de fonctionnalités, d’interactions et de contenus « au cas où ».
 
Pour éviter ça, il existe une méthode issue du monde du développement logiciel qui s’adapte très bien à l’analyse des besoins en e-learning : la méthode MoSCoW. Le principe est simple : on classe chaque fonctionnalité ou contenu envisagé en quatre catégories :
 
– Must have : indispensable, sans quoi le module ne remplit pas son objectif.
– Should have : nécessaire mais pas bloquant.
– Could have : souhaitable si le temps et le budget le permettent.
– Won’t have : hors périmètre pour cette version.
 
Cette grille force à des arbitrages qu’on reporte souvent : ce jeu interactif est-il vraiment indispensable ou juste « sympa à avoir » ? Cette vidéo d’introduction apporte-t-elle une vraie plus-value, ou est-elle là par imitation de ce qui existe déjà ? Poser ces questions permet de concentrer la formation sur ce qui compte vraiment, et donc d’avoir un dispositif plus léger, plus rapide à charger, plus simple à maintenir.
 

Connaître son public cible pour mieux concevoir

 
Dans une logique d’écoconception e-learning, la connaissance du public cible prend une dimension qu’on oublie souvent : la dimension technique.
 
Qui sont vos apprenants, concrètement, dans la vie de tous les jours ? Sont-ils à l’aise avec le numérique ? Travaillent-ils sur des machines récentes ou sur des postes vieillissants fournis par leur entreprise ? Ont-ils accès à une connexion rapide ou suivent-ils parfois les formations depuis des zones à débit limité ? Utilisent-ils des navigateurs standards ou des environnements informatiques contraints par une DSI peu accommodante ?
 
Ces questions ne sont pas anecdotiques. Un module conçu pour un apprenant équipé d’un ordinateur flambant neuf avec une connexion à la fibre sera peut-être inutilisable par un technicien de terrain qui se connecte depuis une tablette Android avec une 4G capricieuse. Et si ce module comporte des vidéos lourdes, des animations complexes et des ressources chargées depuis des serveurs externes, on cumule mauvaise expérience apprenant et empreinte numérique inutilement élevée.
 
Adapter la conception aux contraintes de son public, c’est donc à la fois une bonne pratique pédagogique et un geste concret d’écoconception.
 

Quel est le coût environnemental de ce projet ?

 
Celle-là, personne ne la pose. Pas encore, du moins. Avant de démarrer un projet, on calcule souvent un budget mais qui estime l’empreinte carbone de la formation avant de lancer la production ? Qui définit des indicateurs de performance écologique au même titre que des objectifs pédagogiques ?
 
Ce n’est pas encore une pratique courante dans le secteur (et je dois bien admettre que ce n’est pas simple à mettre en œuvre). Cependant, des outils existent pour vous accompagner. Le calculateur My Impact de l’Institut du Numérique Responsable permet d’estimer l’empreinte carbone d’usages numériques professionnels. Le RGESN (Référentiel Général d’Écoconception de Services Numériques) donne aussi des critères concrets pour évaluer la performance environnementale d’un projet dès sa conception.
 
C’est une habitude à prendre progressivement, en commençant peut-être par un projet pilote. L’objectif n’est pas la perfection mais, déjà, de commencer à y réfléchir.
 

Analyse des besoins e-learning : ralentir pour mieux concevoir

 
Ce que ces quatre questions ont en commun, c’est qu’elles demandent de ralentir. De ne pas se précipiter à concevoir dès que le commanditaire a validé le brief. De prendre le temps, en amont, de vraiment questionner le projet : son utilité, son format, son public et son impact.
 
C’est souvent là que le bât blesse. Les délais sont serrés, les équipes sont débordées et la phase d’analyse des besoins ressemble parfois à une formalité qu’on expédie pour passer aux choses sérieuses. Mais c’est précisément parce que tout se joue en amont que cette phase ne devrait pas être la variable d’ajustement du planning.
 
Une analyse des besoins rigoureuse, c’est du temps investi qui évite d’en perdre beaucoup plus tard. C’est un module mieux ciblé, mieux construit, moins coûteux à maintenir. Et dans une logique d’écoconception e-learning, c’est la première et la plus efficace des optimisations.
 
Dans le prochain article, on passera à la phase de conception elle-même : comment les choix pédagogiques (médias, formats, durée, etc.) influencent concrètement l’empreinte d’une formation et quels arbitrages faire pour concevoir sobre sans sacrifier l’efficacité.
 
À la semaine prochaine.
 
 
 
 
 
 
Illustration réalisée via Gemini
 
 
 


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Aymeric Debrun

  • Diplômé de Sciences Po Lyon – Master Coopération internationale et aide au développement

Découvrir un domaine inconnu, une nouvelle idée, une information ignorée. Se mettre à lire, étudier, analyser, comprendre. Puis approfondir, creuser, se passionner. Et enfin intriguer, intéresser, expliquer, transmettre. Et recommencer.

Un chemin maintes et maintes fois parcouru aussi bien dans ma vie personnelle qu’étudiante. Chez Sydo, j’ai trouvé un travail pour continuer à l’arpenter et faire de ce chemin… un schéma pédagogique.

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