Après des semaines de travail avec vos équipes, votre module e-learning vient enfin d’être déployé. Des centaines, peut-être des milliers d’apprenants vont s’y connecter dans les semaines qui viennent (depuis leur bureau, leur canapé, leur téléphone dans le train). Chacun d’eux fait tourner un serveur quelque part, charge des vidéos, télécharge des ressources.
Multipliez ça par le nombre de modules actifs dans votre catalogue. Puis par l’ensemble des organisations de formation en France. L’empreinte carbone de la formation en ligne commence à peser lourd.
La question mérite donc d’être posée dans des termes clairs : la formation en ligne a-t-elle une empreinte carbone dont elle devrait rendre compte ?
La réponse, soyons honnêtes, est oui.
Le numérique pollue, et les chiffres s’aggravent
Pendant longtemps, on a vendu le numérique comme la solution propre par excellence. Plus besoin de se déplacer, plus de supports papier, plus de salles à chauffer : dématérialiser, c’est forcément décarboner, non ? La réalité est plus complexe, et plus inconfortable.
L’étude ADEME-Arcep de 2022 établissait l’empreinte carbone du numérique en France à 2,5 % des émissions nationales. C’était déjà significatif. Mais en janvier 2025, une mise à jour de cette même étude a révisé ce chiffre à la hausse : 4,4 % de l’empreinte carbone nationale, soit 29,5 millions de tonnes de CO2 équivalent.
Les raisons sont multiples : des méthodologies de mesure affinées, des données plus récentes sur les équipements et les réseaux, et surtout la prise en compte des data centers hébergés à l’étranger, qui traitent plus de la moitié de nos usages numériques et n’entraient tout simplement pas dans les calculs initiaux.
Autrement dit : on sous-estimait massivement l’impact réel. Et les projections ne sont guère rassurantes : sans action concrète, l’empreinte carbone du numérique pourrait augmenter de 45 % d’ici 2030 par rapport à 2020. Dans certains scénarios tendanciels, elle pourrait même tripler d’ici 2050.
L’essor de l’IA générative, la croissance de la consommation de contenus en streaming, la multiplication des objets connectés : autant de dynamiques qui tirent la consommation vers le haut, bien plus vite que les gains d’efficacité énergétique qui pourraient les compenser. Mais ce n’est même pas ce qui pèse le plus lourd dans la balance.
D’où vient vraiment cet impact ?
C’est là que les idées reçues volent en éclats. On imagine spontanément que regarder une vidéo en HD ou laisser tourner une formation toute la journée, c’est là que le bât blesse. En réalité, la grande majorité de l’impact environnemental du numérique se joue bien avant l’usage.
Selon la mise à jour de l’étude ADEME-Arcep de janvier 2025, les terminaux représentent à eux seuls 50 % de l’empreinte carbone du numérique. Et dans cette empreinte liée aux terminaux, environ 42 % proviennent de la phase de fabrication, contre seulement 8 % pour l’utilisation. Autrement dit : votre vieux PC qui tourne depuis sept ans est probablement plus vertueux que le dernier MacBook dernier cri, même si ce dernier consomme moins d’énergie à l’usage.
Pour la formation en ligne spécifiquement, cela se traduit en trois sources d’impact bien distinctes.
– La fabrication des équipements est le premier poste, et de loin. Chaque appareil que les apprenants utilisent pour suivre votre formation a une histoire longue et coûteuse en ressources avant même d’être allumé : extraction de métaux rares, assemblage, transport intercontinental, etc.
– Vient ensuite le stockage des contenus. Chaque module hébergé sur un serveur cloud occupe un espace physique dans un data center, lequel consomme de l’énergie en continu, y compris quand personne ne suit la formation. La mise à jour de 2025 a précisément mis en lumière à quel point cette dimension était sous-évaluée : les data centers représentent désormais 46 % de l’empreinte carbone liée au numérique.
– Enfin, la diffusion des formations consomme de la bande passante. Pas de manière catastrophique au regard des deux premiers postes, mais de façon non négligeable, surtout quand les contenus sont lourds : vidéos en haute définition, animations complexes, ressources redondantes, etc.
Le cycle de vie d’une formation numérique génère donc une empreinte carbone à chaque étape : de la conception à la fin de vie, en passant par le déploiement et l’hébergement.
Réduire l’empreinte carbone de la formation en ligne : par où commencer ?
Le secteur de la formation en ligne s’est massivement développé ces dernières années, la période Covid ayant agi comme un accélérateur brutal. Chaque module e-learning créé, chaque vidéo diffusée, chaque ressource hébergée vient s’ajouter à cette empreinte collective.
Et si la façon dont on conçoit les formations en ligne pouvait changer quelque chose ? Si les choix pédagogiques (la durée d’un module, le format d’une ressource, le nombre de vidéos intégrées, la pertinence même du recours au numérique, etc.) avaient un impact mesurable sur l’empreinte carbone de la formation en ligne ?
C’est exactement là qu’intervient l’écoconception. Pas comme une case RSE à cocher, ni comme une contrainte supplémentaire imposée aux équipes déjà débordées, mais comme une façon de repenser la création de formations en ligne en intégrant les enjeux environnementaux dès le début du projet, au même titre que l’efficacité pédagogique ou l’expérience apprenant.
Concrètement, éco-concevoir une formation, c’est interroger chaque choix : est-ce que tel module doit vraiment exister sous forme numérique ? Est-ce que telle vidéo apporte une réelle plus-value pédagogique, ou est-elle là parce qu’on a l’habitude d’en mettre ? Est-ce que telles ressources sont optimisées ou allègrement surdimensionnées ?
On verra dans les prochains articles comment cette démarche se structure, ses piliers, ses étapes et les bonnes pratiques concrètes associées. Le monde de la formation en ligne a un impact réel, mesurable, et les acteurs du secteur ont les moyens d’agir. Ce n’est pas une mauvaise nouvelle. C’est même une invitation à faire mieux.
À la semaine prochaine pour la suite.
Illustration réalisée via Gemini
Changement climatique, e-learning, Empreinte carbone, Environnement, formation en ligne, numérique

