Idiocracy, dans la vraie vie ? (partie 4)

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Bon, comme vous l’aurez deviné, j’ai eu pas mal de travail (congés) ces dernières semaines… Nous pouvons, de nouveau, reprendre là où nous en sommes restés, c’est-à-dire aux débats concernant le QI et son utilité, et plus globalement aux questions concernant l’intelligence et sa mesure.

Peut-on vraiment mesurer l’intelligence grâce au calcul du QI ? D’ailleurs, que mesure-t-on avec le QI ? Et l’intelligence, c’est quoi au final ? Et ça se trouve où ?

Beaucoup de questions en suspens encore, je ne sais pas si je vais parvenir à tout traiter en un seul article. Voyons déjà jusqu’où on va dans celui-là !
 

Quotient Intellectuel ?

 
Tout d’abord, précisons une chose : les résultats aux tests de QI ne permettent pas de mesurer l’intelligence d’un individu, mais seulement sa réussite aux tests de QI, et ce, dans un contexte donné (l’individu peut être fatigué par exemple, ce qui influencera forcément le résultat). Bon, fin de l’article. À la semaine prochaine.

… Non ?

Je vais tâcher d’être plus clair. Comme pour tous les tests, les tests de QI n’évaluent qu’une performance, et non une compétence. Ce n’est qu’un « indicateur » estimatif, une photographie datée d’une performance à un test standardisé censé « mesurer l’intelligence ».

Et comme pour la photographie, cette estimation peut être plus ou moins « réussie », ou bien même « subjective ». Aussi, il convient d’utiliser une fourchette quand on évoque un QI (entre 98 et 102 par exemple) plutôt qu’un résultat arrêté, mais aussi d’employer le conditionnel : « mon QI se situerait entre 137 et 139 » (c’est pas moi qui le dis, c’est mon psy, même si dans le cas présent c’est moi, mais faut me croire).

Il existe une multitude de tests de QI différents, avec plusieurs acronymes, dont certains sont destinés à des tranches d’âge spécifiques. Chacun de ces tests est composé de différentes catégories comme l’indice de compréhension verbale, l’indice de raisonnement perceptif, l’indice de mémoire de travail et l’indice de vitesse de traitement dans le cas du WAIS-IV, le test de référence mené par les psychologues pour mesurer le QI d’un adulte.
 

Et comment interpréter son score à un test de QI ?

 
Quand l’on construit un test, l’une des questions essentielles est de savoir comment on interprète son résultat. Et pour savoir comment interpréter un test de QI, il est primordial de définir ce qu’il mesure et comment il est construit.

Imaginons que vous passiez un test de QI et que vous obteniez un score de 135. Que puis-je en déduire ? Dans l’absolu, ce chiffre ne veut rien dire tant qu’on ne le compare pas avec les résultats obtenus par la majorité des personnes ayant passé le test. Vous pourriez très bien obtenir un score excellent par rapport à la population, ou au contraire être en dessous de la moyenne.

En effet, un point important, visiblement oublié (volontairement ?) par nos chers amis évoqués dans les articles précédents, c’est qu’un test de QI n’est valable que pour un échantillon spécifique, à une époque donnée et pour un pays précis.

Pour construire mon test, je vais le faire passer à un grand nombre de personnes issues d’une population donnée (française par exemple) : c’est ce que l’on appelle l’étalonnage. Cet étalonnage me permet d’obtenir une distribution des résultats de ma population. Dans le cadre du test de QI, on cherche à obtenir une moyenne de 100 +/- 15 (on parle d’écart-type), c’est-à-dire faire en sorte que la majorité de la population obtienne un score proche de 100.
 

La distribution de la population suit ce que l’on appelle une loi normale ou courbe de Gauss
Source : https://www.cabinetorientation.fr/bilan-cognitif-test-de-qi.html

 
Une fois notre distribution obtenue, il est possible de comparer le résultat d’un individu par rapport à la population donnée. Dans votre cas, avec votre résultat de 135, vous faites donc partie des 2% de la population ayant le mieux réussi.

Par ailleurs, le QI de la population évolue, il est donc nécessaire de modifier le test de QI pour conserver cette moyenne de 100 quoi qu’il arrive. Le test est donc modifié et réétalonné suivant l’évolution des résultats de la population (c’est le cas du WAIS-IV, notamment). Le test est donc différent suivant le pays, l’époque ou encore la population suivie (on se répète, je sais, mais c’est PRIMORDIAL).

Aussi, comme vous l’aurez compris, le QI sert à se positionner, à se comparer avec une moyenne générale ou avec un autre individu ayant vécu à la même époque et dans le même pays (oui, encore).

Mais pourquoi ne peut-on pas se comparer avec un individu ayant vécu à une autre époque ? Tout simplement car un individu qui passe une version ancienne d’un test de QI obtient quasi systématiquement de meilleurs résultats que pour une version plus contemporaine (c’est d’ailleurs ce qu’a montré Flynn avec son fameux « Effet Flynn »).

Ainsi, Franck Ramus, chercheur en sciences cognitives et détracteur des « études » de Dutton et Lynn, explique qu’« on a constaté que ces scores de QI ont augmenté de manière considérable du début du XXe siècle jusqu’à aujourd’hui. Si on prend aujourd’hui le QI d’une personne qui est dans la moyenne de la population, elle serait l’équivalent d’une personne surdouée il y a un siècle ». Sauf que non, ces gens ne sont pas surdoués, c’est juste que le test n’est plus « fonctionnel ».

C’est pour cette raison qu’il est indispensable de réétalonner régulièrement ces tests afin, aussi, de toujours atteindre une moyenne de 100 avec un écart-type de 15 sur une population donnée.

Mais, me direz-vous, comment nos deux athlètes (mais aussi Flynn, finalement) ont pu comparer les résultats d’individus à des époques complètement différentes, voire même dans des continents différents ? Et si la moyenne générale est toujours de 100, comment la population d’un pays aurait-elle pu perdre des points de QI ? N’est-ce pas complètement contradictoire ? Vous voyez la faille, le biais méthodologique ?

Ce que révèlent Flynn, Dutton ou Lynn, c’est simplement que des échantillons d’individus, à des époques variées, ont parfois des résultats meilleurs ou inférieurs à des tests qui sont dépassés, car historiquement datés, donc tout simplement non valables (et qui, accessoirement, ne mesurent pas l’intelligence). Bon…
 

Mais que mesure réellement le QI ?

 
Malheureusement, on voit ici que les résultats aux tests de QI (et autres tests équivalents) sont souvent mal interprétés, mal exploités, que ce soit volontairement – pour aller dans le sens d’une hypothèse – ou non. Attention aux biais, ils sont souvent toxiques (elle est technique celle-là).

Le QI ne mesure que de façon imprécise certaines aptitudes et capacités
, et plus précisément en fait, leur utilisation lors d’un test de performance.

Ces tests sont utiles et peuvent se révéler pertinents. Cependant, on ne mesure que des niveaux de performance relatifs (car comparés avec le niveau de performance d’un ensemble d’autres individus) dans des domaines très particuliers grâce à ces tests, et non l’intelligence à proprement parler. On évalue plutôt la position des performances d’un individu dans des champs spécifiques (les capacités logico-mathématiques et verbales surtout) à un instant T par rapport à un échantillon.

Mais alors, comment mesurer de façon pertinente l’intelligence ? L’intelligence, ou les intelligences, d’ailleurs ? Je crois bien que vous allez encore devoir attendre… l’épisode 5.

Big Kiss.
 
 
 


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Aymeric Debrun

  • Diplômé de Sciences Po Lyon – Master Coopération internationale et aide au développement

Découvrir un domaine inconnu, une nouvelle idée, une information ignorée. Se mettre à lire, étudier, analyser, comprendre. Puis approfondir, creuser, se passionner. Et enfin intriguer, intéresser, expliquer, transmettre. Et recommencer.

Un chemin maintes et maintes fois parcouru aussi bien dans ma vie personnelle qu’étudiante. Chez Sydo, j’ai trouvé un travail pour continuer à l’arpenter et faire de ce chemin… un schéma pédagogique.

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