E-learning : stop à la langue de bois !

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En matière d’e-learning, il semblerait qu’on ait mis la charrue avant les bœufs. Et puisque cela fera bientôt 30 ans que l’expression « apprentissage à distance » a changé de sens pour désigner la formation à distance via des outils numériques et non plus le travail à partir de liasses de polycopiés qu’on recevait chez soi mois après mois, il serait peut-être temps qu’on les installe à leur place, les bœufs.

Inutile arsenal

La situation actuelle peut être décrite ainsi : nous disposons d’outils sophistiqués et à la portée de tous, mais nous ne savons pas quoi en faire ; l’e-learning est partout, mais l’apprentissage à distance nulle part ; nous fabriquons des fusées, mais nous ne savons pas où aller avec et elles restent aussi vides que la liste des participants actifs à un MOOC après la 4e semaine. Tout se passe comme si nous avions oublié de réfléchir avant de nous lancer dans la conception de cet e-learning dont on continue de nous promettre des merveilles. Pressés de dynamiter la formation à l’ancienne et d’exploiter les possibilités que le numérique était prêt à nous offrir, nous avons foncé tête baissée en ne pensant qu’au résultat, sans prendre le temps, tout simplement, de penser.
 


 

Bonnet blanc, blanc bonnet

Nous sommes donc tombés dans le premier piège tendu, qui allait conditionner toute l’histoire de l’e-learning jusqu’à aujourd’hui, et dans lequel nous sommes toujours empêtrés : l’imitation. Ignorant le caractère unique et les spécificités du nouvel outil que nous avions la possibilité de contribuer à façonner, pour aller vite et pour que ce soit rapidement rentable, nous avons copié le modèle traditionnel de formation et nous l’avons décliné en avatars à peine aboutis : nous avons filmé des professeurs en train de faire leurs cours en pensant qu’être dans la même salle qu’eux à un instant t et être devant un ordinateur n’importe quand revenaient au même ; nous avons imaginé que les heures passées en présence d’un formateur étaient équivalentes à celles qu’on passe devant un écran ; nous avons organisé des classes virtuelles en état convaincus que la présence physique n’avait plus d’intérêt ; nous avons péniblement programmé nos machines pour qu’elles accouchent péniblement d’un semblant de personnalisation en s’adaptant à chaque apprenant du mieux qu’elles pouvaient ; nous avons élevé le questionnaire au rang de modalité d’évaluation suprême parce qu’il permet de minimiser l’implication des hommes dans la formation de leurs pairs. Nous avons fait confiance à nos robots pour penser à notre place sans avoir conscience qu’ils ne feraient que ce qu’on leur aurait demandé de faire et en l’occurrence, ce pour quoi on les a programmés est absurde.
 


 

Distance = présence

Si nous avions pris le temps d’y réfléchir, nous aurions tout de suite perçu que le numérique ouvrait à la formation une voie radicalement différente de celle qu’elle avait suivie jusqu’alors et qui nous mettait au défi de penser d’une manière elle aussi radicalement différente ; que le sens du mot « apprentissage » devait lui-même être questionné ; que le numérique déplaçait les contours du temps et de l’espace et que si nous essayions d’y faire tenir l’autre modèle, celui de la formation en présentiel, cela ne mènerait à rien ; que le rôle du formateur ne serait pas le même sur cette voie-là et qu’il allait falloir le redéfinir. Un monde nouveau s’ouvrait à nous, avec de nouvelles frontières, de nouveaux reliefs, une nouvelle atmosphère, une autre pesanteur. Nous ne lui avons pas tourné le dos : nous y avons pénétré avec nos habits ordinaires et nos idées préconçues. Nous y avons bâti nos habituels temples de la connaissance mais ils ne tiennent pas debout. Le résultat n’est pas étonnant : nous travaillons des heures pour accoucher de souris ou, au mieux, d’usines à gaz quasi-inutilisables et faussement économiques. Lire une page et demie sur un sujet est souvent bien moins long, bien moins fastidieux et bien plus efficace que suivre 20 minutes d’e-learning, même si son développement a nécessité des dizaines d’heures de travail acharné.
Nous sommes des élèves consciencieux et laborieux condamnés au hors-sujet parce que nous avons mal lu le sujet de la dissertation.
 


 

Flashback

Nous avons fait fausse route, mais ce n’est bien entendu pas irréversible. Au lieu de continuer à multiplier les outils mal adaptés, à ouvrir des plateformes mal calibrées et à perdre du temps à essayer de rendre pédagogique ce que le malentendu initial a condamné à l’inefficacité, nous pourrions prendre le temps de réfléchir à l’apprentissage à distance comme s’il s’agissait d’un champ totalement vierge. Partons des grandes leçons tirées de nos erreurs :

  • L’apprentissage à distance n’a pas vocation à se substituer à l’apprentissage en présentiel
  • Le rapport au temps, pour l’apprenant comme pour le concepteur/formateur, n’est pas le même à distance qu’en présentiel
  • Être devant un écran n’est pas équivalent à être devant un livre
  • Sans une ingénierie pédagogique dédiée à l’e-learning, les dispositifs ne fonctionnent pas
  • Si l’on a des objectifs pédagogiques précis associés à un contenu pertinent, on n’a pas forcément besoin de concevoir un jeu vidéo pour intéresser nos apprenants

Reprenons l’e-learning en main !

 

 


 

Aurélien Dorvaux

  • Master « Métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation » – Certifié de lettres modernes

Après huit années passées à réfléchir aux meilleurs moyens d’enseigner le français à des collégiens et des lycéens, j’ai eu envie d’utiliser mes savoir-faire et de prolonger mes réflexions sur la pédagogie dans un autre contexte. J’aime m’interroger sur les mécanismes qui conduisent à la compréhension et sur l’apprentissage. Et comme tous les sujets m’intéressent, je trouve chaque jour chez Sydo de quoi satisfaire ma curiosité !

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