« Big Bang » de la formation, en théorie…

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Après plusieurs mois d’annonces et de négociations (et quelques fuites dans la presse), Muriel Pénicaud, Ministre du Travail, a présenté la réforme gouvernementale de la formation et de l’apprentissage ce lundi 5 mars 2018.

L’objectif annoncé est de simplifier et de rendre plus efficace le système de formation afin d’en améliorer l’accès pour tous, de renforcer la capacité des salariés et des personnes en recherche d’emploi à s’adapter aux évolutions du marché du travail et de favoriser leur émancipation sociale.

Pour ce faire, la formation doit permettre d’approfondir les compétences et qualifications des individus afin d’améliorer leur compétitivité (et par vases communicants, celle des entreprises et de la France dans sa globalité). L’investissement dans le renforcement des aptitudes est une nécessité pour que les entreprises françaises soient les moteurs des changements économiques et non pas leurs victimes.

Nous sommes au milieu d’une troisième révolution industrielle et ses impacts sur l’emploi seront considérables. En effet, d’après Muriel Pénicaud, 10 à 20% des métiers sont voués à disparaître progressivement dans les prochaines années et autant voire plus seront créés. Aussi, 50% des emplois subiront une mutation profonde.

Ainsi, il faut protéger les populations les plus vulnérables (demandeurs d’emploi, jeunes sans qualification, salariés des TPE/PME) contre cette obsolescence des compétences. La formation et l’adaptation à ces mutations seront parmi les principaux leviers dans la lutte contre le chômage.

La Ministre du travail a souligné la volonté du gouvernement de provoquer un véritable « Big Bang » de la formation et, bien qu’il s’en soit inspiré partiellement, d’aller beaucoup plus loin que l’Accord National Interprofessionnel (ANI) conclu le 22 février entre représentants syndicaux et patronaux.

Dans sa conférence de presse de présentation de la réforme, Muriel Pénicaud a présenté 12 points qui peuvent être classés en quatre grands thèmes :

Équité et justice :

  • Monétisation du compte personnel de formation (CPF) qui ne sera plus exprimé en heures mais en euros. L’objectif est triple : pousser les ouvriers à se former davantage, les formations d’ouvriers coûtant moins cher et ces derniers se formant en moyenne deux fois moins que les cadres ; gagner en clarté ; éviter les abus (formations identiques facturées à des prix différents suivant les organismes et régions).
  • Droits renforcés pour les ouvriers non qualifiés qui ne bénéficieront pas de 500 euros de formation par an, plafonnés à 5 000 euros, comme prévu par la règle générale, mais de 800 euros par an, plafonnés à 8 000 euros.
  • Les salariés à temps partiel bénéficieront du même crédit annuel s’ils travaillent à mi-temps ou plus. L’objectif est ici de réduire les inégalités entre hommes et femmes, ces dernières représentant 80% des salariés à temps partiel.
  • CPF de transition pour les salariés ayant un projet de formation longue et ne disposant pas des crédits suffisants. Un système d’abondement sera mis en place et géré par les partenaires sociaux.

Solidarité :

  • Système de péréquation instaurant une solidarité financière entre les branches, secteurs et entreprises afin d’aider ceux qui n’ont pas les ressources suffisantes.
  • Mutualisation des capacités (outils, ingénierie, accompagnement, contribution) entre TPE/PME et grandes entreprises. Les grandes entreprises font partie d’un ensemble composé de fournisseurs et distributeurs intégrés dans la même chaîne de valeur. Il est dans leur intérêt et de leur responsabilité que les TPE/PME prennent le « virage technologique » et s’adaptent aux mutations économiques actuelles.
  • Formation des chômeurs afin d’améliorer leur employabilité et de les protéger face à l’évolution rapide des exigences du monde du travail. Seul 1 chercheur d’emploi sur 10 est formé actuellement alors qu’ils devraient être formés en priorité. Le gouvernement souhaite à la fois changer d’échelle (formation d’un million de chômeurs d’ici 5 ans) et de méthode (guider vers les secteurs porteurs, utiliser des outils innovants, cibler les personnes les plus vulnérables, etc.).

Simplification :

  • Diminution du nombre d’intermédiaires et d’acteurs pour simplifier la relation entre individus et formateurs. Les OPCA ne seront plus chargés de la collecte qui sera de la responsabilité de l’URSSAF. Ces organismes seront transformés en opérateurs de compétences qui se concentreront sur le conseil aux branches et entreprises, l’accompagnement des formés, l’anticipation des besoins en formation et le financement des CFA.
  • Une seule cotisation qui remplacera la contribution des entreprises à la formation et la taxe d’apprentissage.
  • Une agence nationale unique, « France compétences », sera créée afin de remplacer la FPSPP, CNEFOP et COPANEF. Elle sera gérée de manière quadripartite (État, régions, organisations syndicales et patronales). Elle sera chargée de réguler le prix des formations, lutter contre les abus, supprimer les formations obsolètes et garantir la qualité des formations (en établissant, entre autres, un cahier des charges pour la certification des organismes de formation).

Autonomie et transparence :

  • Création d’une application mobile/plateforme en ligne afin de mieux éclairer le formé et lui donner davantage d’autonomie. Cet outil lui permettra notamment d’avoir accès à plus de formations mais aussi de précisions quant à leur contenu et leur forme. Son choix sera facilité par un système de notes/avis sur les formations mais aussi des éléments statistiques (taux de succès, taux d’insertion, salaire prévisionnel, etc.). Il pourra par ailleurs s’inscrire en ligne en payant directement avec son CPF. Enfin, ce nouveau dispositif fera la part belle aux nouveaux outils et méthodes pédagogiques (e-learning, MOOC, etc.).
  • Renforcement de l’accompagnement et du conseil aux entreprises et aux salariés grâce notamment au rôle des opérateurs de compétences qui seront chargés d’évaluer les compétences et de co-construire les parcours de formation.
  • Personnalisation et adaptabilité des formations afin de prendre en compte les acquis des formés, de moduler la durée de la formation suivant le besoin et de choisir les outils idoines.
  • Reconnaissance et promotion des méthodes innovantes: serious game, mobile learning, MOOC, e-learning, fablab, P2P learning, etc.

La présentation réalisée par Muriel Pénicaud semblait manquer de précisions notamment concernant les chiffres et le calendrier. Cependant, ce qui semble assez clair, c’est la volonté de l’État de reprendre à sa charge ce dossier prioritaire.

La version définitive de la réforme sera exposée durant la seconde quinzaine d’avril dans le cadre de la présentation du projet de loi « pour la liberté de choisir son avenir professionnel » qui comprendra deux autres volets, un sur l’apprentissage et l’autre sur l’assurance-chômage.

Les partenaires sociaux qui avaient présenté leur ANI sont majoritairement mécontents face à ce projet de réforme qui prévoit une « re-centralisation » de la formation. Derrière ces désaccords, c’est une bataille pour une manne de 32 milliards d’euros qui est en train de se livrer…

 


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 3 commentaires


  • Fred - FLQ

    Merci pour ce point très clair, notamment grâce aux illustrations qui ponctuent bien la lecture (et font une chouette infographie finale). 😀

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  • Couroux

    Il serait stupide penser que le « présentiel » serait remplacé par des outils qui ne sont que des moyens différents mis au service de l’acquisition des objectifs pédagogiques.
    Le choix des media d’enseignement dépend des capacités à acquérir de la même façon que l’individualisation de la formation est utile dans certains cas et lla formation en groupe est préférable pour contribuer aux changements d’attitudes.
    Alors repartons de l’essentiel « les besoins ».
    Michel

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