Motivation et apprentissage : le cas controversé de la récompense

|  1 Commentaire

J’ai déjà eu l’occasion de vous présenter la théorie de l’auto-détermination qui constitue un cadre théorique sur les aspects motivationnels dirigeant l’apprentissage de vos apprenants. Pour rappel, on distingue la motivation intrinsèque (issue de l’activité en elle-même) de la motivation extrinsèque (issue d’éléments extérieurs à la tâche). Il reste à déterminer les facteurs pertinents quand il s’agit de motiver intrinsèquement un apprenant. C’est ce que nous allons voir, en commençant par la récompense.
 

La récompense comme vecteur de motivation

 
L’effet d’une récompense sur la motivation est un sujet controversé. Sur la motivation intrinsèque, il est généralement considéré comme négatif si la récompense est reçue pour une tâche qu’on accomplit déjà avec plaisir, c’est-à-dire pour laquelle nous serions déjà motivés intrinsèquement. En effet, les récompenses peuvent pousser l’individu à croire qu’il ne travaille pas pour l’activité elle-même, mais pour obtenir la récompense. Les personnes qui ont été récompensées pour réaliser une tâche ont tendance à moins se concentrer sur l’apprentissage même de la tâche, et plus sur l’obtention de la récompense. Fabes (1989) a montré qu’une récompense diminue le sentiment d’autonomie et d’autodétermination, réduit la motivation intrinsèque et diminue la créativité et la capacité à résoudre des problèmes, ce qui dévalorise l’activité en tant que telle. Une autre étude très intéressante de Sam Glucksberg (1962) a montré que lors d’une tâche de résolution de problème, les individus récompensés obtiennent de moins bonnes performances que le groupe contrôle (voir notamment ce tedX qui résume l’expérimentation).
 
En revanche, la récompense peut être bénéfique pour une tâche que l’on accomplit avec une faible motivation intrinsèque. Apporter une récompense à un apprenant qui ne souhaite pas réaliser cette formation sur les impôts peut être judicieux dans certains cas (même s’il serait plus judicieux de trouver des moyens de rendre intrinsèquement motivante l’activité).
 
De plus, plusieurs études ont été menées pour évaluer l’impact des feedbacks sur l’apprentissage, qui peut être considéré comme un type de récompense. C’est ainsi qu’en 2003, Deci et ses collègues ont montré que les enfants qui recevaient des feedbacks extrinsèques sur leur travail (centrés sur les résultats fournis et non sur l’effort ou la méthode utilisée) avaient moins de capacités à persévérer en cas d’échec. À l’inverse, les enfants qui recevaient des feedbacks intrinsèques, c’est-à-dire centrés sur le processus d’apprentissage (pas sur le résultat mais sur l’effort fourni) étaient davantage capables de persévérer en cas d’échec.
 
Une récompense ou un feedback peuvent donc s’avérer utiles s’ils sont directement liés à l’activité en elle-même et accompagnent l’effort fourni par l’apprenant. La gamification est intéressante à cet égard puisqu’elle accompagne l’apprenant par des badges, des points, etc.
 

Pour résumer

 
Il semble donc que l’utilisation de récompenses peut réduire la motivation intrinsèque, c’est-à-dire la motivation qui est née de la satisfaction qu’on tire d’accomplir une tâche. De plus, les récompenses peuvent entraîner une perte de motivation si elles se font attendre ou si elles ne sont pas assez importantes. Enfin, elles peuvent également entraîner une moindre qualité de l’apprentissage si elles encouragent l’individu à suivre la procédure qui a été récompensée au lieu de réfléchir par lui-même.
 
Mais dans certains cas, comme celui d’une personne qui ne serait pas motivée intrinsèquement par la tâche, cela peut être un vecteur de motivation. Surtout si la récompense est utilisée comme un reflet de l’effort fourni par l’apprenant. D’où l’intérêt de la gamification et des feedbacks dans l’apprentissage. Il existe d’autres facteurs qui peuvent impacter la motivation. Dans un prochain article, je vous présenterai l’impact du contexte social sur la motivation de l’apprenant.
 
 
 
Bibliographie :
 
Glucksberg, S. (1962). The influence of strength of drive on functional fixedness and perceptual recognition. Journal of experimental psychology, 63(1), 36.
Fabes, R. A., Fultz, J., Eisenberg, N., May-Plumlee, T., & Christopher, F. S. (1989). Effects of rewards on children’s prosocial motivation: A socialization study. Developmental psychology, 25(4), 509.
Deci, E. L., & Vansteenkiste, M. (2003). Self-determination theory and basic need satisfaction: Understanding human development in positive psychology.

 
 
 


 , , , ,

Youri Minne

  • Doctorant en psychologie cognitive

Apprendre des connaissances c’est bien. Mais les transmettre, c’est encore mieux ! Ayant toujours été passionné par l’apprentissage durant mon cursus de psychologie, j’ai la chance d’écrire des articles de vulgarisation sur des théories scientifiques. J’espère ainsi, au travers de mes articles, transmettre mes connaissances avec la même passion qui m’animait lors de la découverte de celles-ci.

Articles similaires

L’expérience de Milgram

Aujourd’hui, âme sensible s’abstenir, nous allons parler d’une expérience, horrible mais fascinante : l’expérience de Milgram (1961). Milgram est célèbre…


 Un commentaire


  • Inizan

    Je suis professeure en communication en BTS communication et pour avoir enseigné 15ans en lycée techno auprès des élèves de la filière STMG, et tutrice de jeunes enseignants depuis plusieurs années, je m’interroge et m’intéresse fortement aux motivations des élèves pour apprendre.

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.