Les adultes sont-ils des apprenant autonomes ?

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D’après la théorie de Knowles, l’adulte est un apprenant autonome. Les adultes prennent l’initiative de diagnostiquer leurs propres besoins et de mener un apprentissage autodirigé (Knowles, 1973). Dans ce type d’apprentissage, les adultes autonomes se fixent eux-mêmes des objectifs. Ils vont ensuite sélectionner les ressources et les stratégies nécessaires pour mener à bien cet apprentissage. Toujours d’après cette théorie, les apprenants autonomes ont besoin d’être vus comme capables et résisteront à toute situation où ils sentent qu’on leur impose un encadrement trop strict. Mais qu’en est-il vraiment ?
 

Qu’en dit la recherche ?

 
L’autonomie a été abordée de diverses manières par les chercheurs, qui ont développé plusieurs modèles et méthodes pour traiter l’autonomie et l’apprentissage autodirigé dans l’environnement d’un cours (Merriam, 2001). Des travaux récents en neurosciences cognitives permettent de corroborer le besoin d’autonomie sur l’efficacité des adultes. Les neurosciences cognitives suggèrent que c’est peut-être le processus de choix, et non le résultat de ce choix, qui offrira la plus grande opportunité d’apprentissage pour les adultes. Ainsi, bien que cela ne soit potentiellement pas l’intention de Knowles, il semble en effet que la façon dont ses hypothèses sont actuellement appliquées aux adultes permet d’améliorer les processus d’apprentissage.
 
La question de l’autonomie est également abordée dans diverses théories sur la motivation et c’est peut-être sur ce point qu’elle est la plus importante. La question de l’autonomie est notamment très forte dans la théorie de l’autodétermination de Deci et Ryan (c’est d’ailleurs l’un des trois besoins fondamentaux). Ce sentiment d’autonomie est un vecteur essentiel de la motivation intrinsèque dans l’apprentissage
 

En pratique

 
Attention, les chercheurs alertent les formateurs tentés de laisser les apprenants seuls sur la différence entre autonomie et individualisme.
 
« Agir de façon autonome ne veut pas dire agir seul : il convient de bien distinguer l’autonomie et l’individualisme. Nous serions même tentés de dire que paradoxalement, il est presque impérativement nécessaire d’être avec d’autres pour ressentir réellement son autonomie, notamment quand il sera possible de percevoir qu’ils respectent nos choix, même s’ils ne les partagent pas. » J.Heutte (2011)
 
En tant que formateur, vous devez potentiellement accepter d’être prêt à abandonner le contrôle du cours pour permettre aux apprenants de travailler sur le contenu sur un pied d’égalité. Dans la formation, il existe de nombreuses façons pour les formateurs de rendre les élèves autonomes. Par exemple, certains formateurs permettent aux élèves de choisir des lectures en fonction des compétences et des aptitudes qu’ils souhaitent développer.
 
Un bon exemple de l’autonomie dans l’apprentissage est la pédagogie par projet. Ce type d’apprentissage consiste à la réalisation d’un projet dans lequel les apprenants vont devoir mobiliser des connaissances et compétences diverses. Pour réaliser ce projet, les apprenants devront alors agir en autonomie pour obtenir les ressources nécessaires et devront également avoir un regard critique sur leurs réalisations, permettant ainsi de développer leurs capacités métacognitives.
 
« La pédagogie de projet, c’est la pédagogie du sens, l’aptitude à l’anticipation (penser avant d’agir), c’est aussi, pour l’élève la possibilité de mesurer l’impact de ses actes, d’envisager plusieurs solutions, de sélectionner les plus opérantes. Elle recherche l’autonomie, la coopération, la confiance en soi, la responsabilisation, l’engagement, la discussion et l’argumentation. » (O Genest · 2012, p.32).
 
Ce type de pédagogie est donc un levier fort sur la motivation des apprenants et favorise leur autonomie.
 

Pourrait-on dire que l’autonomie est une spécificité de l’adulte ?

 
Oui et non… Oui,le développement de l’autonomie se fait avec le temps, et de fait, l’adulte est plus à même d’autodiriger son apprentissage. L’idée, pour des enfants, serait plutôt de les accompagner dans le développement de leur autonomie et de leurs capacités d’autoréflexion sur l’apprentissage. En effet, certaines compétences et aptitudes (mémoire de travail, capacités de concentration, flexibilité cognitive, etc.) liées directement aux capacités d’apprentissage se développent et s’affinent au fur et à mesure que l’autonomie s’acquiert.
 
Pour conclure, bien que les compétences d’autonomie ne soient potentiellement pas les mêmes, le désir et la motivation provoquée par l’autonomie sont communes à ces deux populations. Donc oui, les adultes sont des apprenants autonomes quand les enfants sont des apprenants autonomes en devenir. Mais non, le besoin d’autonomie n’est pas spécifique à l’adulte, seul le cadre de sa mise en place diffère. Je vous conseille donc, peu importe l’âge, de mettre en place des situations qui présentent de la nouveauté, qui donnent l’occasion de faire des choix, qui conduisent à des questions et qui permettent à l’élève de se sentir autonome.
 
 
 


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Youri Minne

  • Doctorant en psychologie cognitive

Apprendre des connaissances c’est bien. Mais les transmettre, c’est encore mieux ! Ayant toujours été passionné par l’apprentissage durant mon cursus de psychologie, j’ai la chance d’écrire des articles de vulgarisation sur des théories scientifiques. J’espère ainsi, au travers de mes articles, transmettre mes connaissances avec la même passion qui m’animait lors de la découverte de celles-ci.

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