LA super-formation (partie 2/3)

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Résumé de la première partie :
 
Transmettre en deux jours à des formateurs occasionnels les bases de l’ingénierie pédagogique – mais aussi joie et enthousiasme ? L’auteur de ces lignes et ses collaborateurs ont relevé le défi. Ils ont, lors d’une réunion au sommet, trouvé leur stratégie : montrer une formation mal fichue aux apprenants, et leur demander d’en concevoir une autre. Le sujet de ladite formation n’a pas encore été révélé… vous tombez à pic !
 
 

Trouver le super-thème !

 
Puisque nous avions décidé de créer de toutes pièces le contenu de la formation, autant choisir quelque chose qui nous emballe. On pouvait inventer n’importe quoi. La cuisine minérale – granit rôti et de soupe d’argile ? Moui. Le badwindton, avatar du badminton se pratiquant par grand vent sur des terrains triangulaires de 150m2 et avec des raquettes en caoutchouc ? Bof.
 
On a trouvé beaucoup mieux : on allait faire travailler nos apprenants sur une formation de super-héros. Maîtrise des super-pouvoirs, histoire du super-héroïsme, procédures administratives à suivre pour être homologué, etc. Dans nos têtes, ça avait l’air génial ! Et puis, puisqu’on devrait animer nous-mêmes la formation dans un premier temps, on allait pouvoir jouer des rôles, mettre des costumes, apporter des accessoires… énorme !
 

 
On a envoyé une jolie proposition à nos commanditaires pour leur expliquer tout ça, la mise en abyme, les super-héros, les costumes et tout et tout, et puis on a attendu. Dans ce genre de cas, notre foi en notre concept décroît au fur et à mesure que la réponse se fait attendre. On envoie la proposition euphoriques, on se réveille dubitatifs le lendemain matin en se demandant si on n’a pas fait preuve d’un peu trop de fantaisie, et plus les jours passent, plus on se dit qu’on aurait dû proposer un plan carré en quatre parties :
 
I – définition de « présentiel »
II – pourquoi faire du présentiel ?
III – comment faire du présentiel ?
IV – vous avez des questions ?
 
Audaces fortuna juvat : notre proposition a été acceptée ! Il n’y avait plus qu’à.
 

Super-pandémie

 
On a commencé à travailler, mais un léger imprévu (qui fit des millions de victimes et plongea le monde entier dans une crise de grande ampleur – passons) vint contrecarrer notre plan : nos deux jours de formation allaient devoir être animés à distance. Adieu veau, vache, cochon, costumes, théâtre, accessoires ! Bonjour problèmes de connexion, micros non coupés et vidéos à contre-jour.
 
On était ravis. D’autant qu’animer à distance une formation dont l’un des objectifs est de donner les clés de l’animation en présentiel, ça ressemble un peu à prévoir un support Prezi pour former à l’utilisation de PowerPoint en formation, c’est-à-dire à une mauvaise idée.
 
Nos clients n’ont pas moufté.
 
Hé bien soit ! Comme d’habitude et grâce à la souplesse de nos esprits pédagogiques, on a fait une prise de judo à l’imprévu et on a confectionné une formation de compétition, dont voici la présentation en quelques lignes.
 

Contextualisation

 
Nous expliquons aux formés que nous travaillons pour une firme secrète ayant pour vocation d’identifier les super-héros présents dans les entreprises et de les former à l’utilisation de leurs super-pouvoirs. L’objectif est qu’ils les maîtrisent et les mettent au service de leur entreprise.
 
Or, les super-héros qui participaient à l’une de nos formations ont mystérieusement disparu. La session en question était animée par un formateur free-lance auquel nous avions eu recours cette fois-ci – à tort.
 
Nous avons constitué un dossier d’enquête que nos formés (les vrais, vous me suivez ?) vont devoir étudier pour comprendre ce qui s’est passé.
 

Phase 1 – l’étude du dossier d’enquête

 
Nous avons façonné pour nos formés plusieurs « pièces à conviction » qui leur permettent de mener un véritable audit de la formation manquée : programme de la formation, extraits du guide du formateur, du support qu’il utilisait, de fiches récapitulatives remises aux apprenants, échanges de mails avec le service formation, et même vidéo clandestine captée pendant la formation et interview du seul formé retrouvé.
 
Nous avons donc passé du temps à mal concevoir des documents relatifs à une mauvaise formation… et ça été un vrai plaisir ! Nos apprenants doivent étudier scrupuleusement ce document pour identifier tous leurs défauts, et les classer dans un tableau. Nous mettons ensuite en commun le travail effectué afin de faire une liste de mauvaises pratiques. Celle-ci nous permet évidemment de faire apparaître dans le même temps les règles essentielles à respecter lorsqu’on conçoit une formation.
 

Phase 2 – la conception d’une nouvelle formation à destination des super-héros

 
Une fois que les bonnes pratiques de base ont émergé, nos formés doivent travailler par groupes à l’élaboration d’une formation plus réussie que celle qu’ils ont auditée. Pour cela, on met à leur disposition :
 
Le contenu brut (et scientifique) nécessaire : neurologie du super-héros, aperçu historique du super-héroïsme, enjeux de la maîtrise des pouvoirs, etc. Tout un tas de document qu’ils doivent s’approprier, trier et organiser afin d’en extraire le contenu utile à la formation au regard du contexte donné.

Des bases théoriques : elles font l’objet de points réguliers jalonnant cette 2e phase. Nous transmettons à nos formés tout ce dont ils ont besoin en matière d’ingénierie pédagogique pour imaginer une formation efficace : définition d’un cadre, formulation d’objectifs pédagogiques précis, modèles pédagogiques, rôles des supports en formation, place des activités, etc.

Une durée limitée : nous demandons aux formés de réaliser un certain nombre de livrables (programme de leur formation, extraits de supports, etc.) pour pouvoir terminer la session par une présentation des formations imaginées.
 

Phase 3 – la mise en commun des dispositifs de formation conçus

 
Chaque groupe présente en plénière la formation qu’il a conçue. On cuisine un peu les participants sur les choix qu’ils ont faits et on donne la parole aux pairs afin qu’ils critiquent eux aussi les dispositifs imaginés : ils sont super-calés puisqu’ils ont travaillé eux-mêmes sur le sujet !
 
On termine par une présentation de la formation que nous avons conçue nous-mêmes pour les super-héros que nous ne formerons – hélas – jamais.
 
 
 
 
Ça, c’était la théorie… Mais rien ne se passe jamais comme prévu, évidemment. Pour savoir ce que ça a donné en pratique avec de vrais formés, rendez-vous au prochain super-épisode !
 
 
 


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Aurélien Dorvaux

  • Master « Métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation » – Certifié de lettres modernes

Après huit années passées à réfléchir aux meilleurs moyens d’enseigner le français à des collégiens et des lycéens, j’ai eu envie d’utiliser mes savoir-faire et de prolonger mes réflexions sur la pédagogie dans un autre contexte. J’aime m’interroger sur les mécanismes qui conduisent à la compréhension et sur l’apprentissage. Et comme tous les sujets m’intéressent, je trouve chaque jour chez Sydo de quoi satisfaire ma curiosité !

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 Un commentaire


  • Aurore

    Moi en lisant 99 % de l’article : Mais ça a l’air trop biiiiiiien ! J’aurais trop aimé être là en fait !
    Moi quand j’ai lu « Mais rien ne se passe jamais comme prévu, évidemment. » : Noooooooon !

    Bon, encore du suspense à la Sydo :-D. Y a plus qu’à attendre la suite !

    Répondre

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