Les digital natives n’existent pas (?)

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On parle beaucoup (et de plus en plus) du digital en formation : e-learning, mobile learning, BYOD, etc., en mettant en avant l’intérêt des nouvelles générations pour ces technologies. Mais est-ce que ces « jeunes » sont vraiment si à l’aise que ça avec les outils digitaux ?

Les digital natives, qu’est-ce que c’est ?

Commençons par une petite définition, histoire de mettre tout le monde au même niveau : les avis divergent parfois sur la date exacte de l’émergence de cette nouvelle génération, mais de manière générale on peut dire que les digital natives seraient toutes les personnes nées à partir de 1980 et qui ont grandi dans un environnement où les nouvelles technologies de l’information et de la communication (en gros, internet et les téléphones portables) étaient très présentes.

Ces personnes seraient alors :

  1. très à l’aise avec ces nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC).
  2. très à l’aise avec le multitâche, étant habituées à traiter simultanément des informations provenant de sources très différentes.

Grâce à ces nouveaux superpouvoirs, ces petits génies de la technologie devraient bénéficier d’une éducation et de pédagogie complètement différentes de ce qui se faisait avant, en se basant justement sur les NTIC et le multitâche.

Finalement, on n’a peut-être pas affaire à des flèches

On vous avait déjà parlé du multitâche qui n’existe pas, donc ça, c’est réglé. Mais une étude récente publiée dans Teaching and Teacher Education enfonce encore un peu plus le clou, et arrive au résultat suivant :

Les digital natives n’ont pas de compétences innées pour le digital, et leur utilisation des outils digitaux est peu ou prou la même que celle d’un gorille un peu entrainé.
 

 
Se basant sur ce résultat, l’équipe de chercheurs à l’origine de ce papier pose de nombreuses questions sur les relations qu’entretiennent les jeunes avec leurs outils digitaux, et surtout sur les politiques pédagogiques mises en place dans les établissements scolaires (où la technologie est a priori vue comme une fin en soi, en tout cas dans les pays anglo-saxons).

Une réflexion personnelle…

D’un point de vue personnel, je me sens plutôt à l’aise avec les NTIC (je peux utiliser un nouveau logiciel sans suivre de tutoriel, je sais utiliser les options de recherche avancée sur Google, mais je ne comprends pas grand-chose à SnapChat, donc bon, chacun ses limites).

Je pense que deux facteurs interviennent dans cette « aisance technologique » :

  • Les nouvelles technologies en général m’intéressent: faire des selfies ou prendre en photo mon assiette pour la poster sur Instagram ne m’enthousiasment pas plus que ça, mais les robots bostons dynamics me fascinent.
  • Les NTIC ont grandi avec moi : je suis née en 1990 et ai grandi à la campagne ; j’ai connu le minitel, les modems 56k et la super NES, et en grandissant j’ai vu arriver l’adsl, la fibre, les DVD, Lycos, Google, Facebook, etc. J’ai donc eu le temps de m’approprier des versions très simples des outils numériques (parce que oui, en français on est censé dire numérique, pas digital, aucun rapport avec vos doigts), et d’évoluer avec eux jusqu’à aujourd’hui. Les personnes nées plus tard (à partir des années 2000 ?) ont peut-être été mises face à des solutions digitales, en apparence simples à utiliser, mais elles n’en connaissent pas pour autant leurs fonctionnalités les plus intéressantes et les plus complexes qui sont un peu cachées : elles n’y ont pas été formées (par exemple encore une fois les options de recherche avancée de Google, que je soupçonne d’être largement méconnues et donc très peu maîtrisées).

Pour résumer, on peut très bien baigner dans un environnement riche en NTIC, mais pour autant ne pas en exploiter tout le potentiel, et se contenter de la sainte trinité « réseau social, e-commerce, streaming ». Dans ce cas effectivement, le concept de digital native se voit très fortement diminué, et on peut très rapidement être mis en difficulté face à un outil qu’on ne connait pas.

… Et une réflexion plus globale.

Se pose alors une question : si on part du principe qu’il n’existe pas de génération digital native, mais que certaines personnes maîtrisent les outils numériques tandis que d’autres sont plus limitées du clic, quelle place faut-il donner au digital dans l’enseignement et dans la formation ?
 


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Raphaël LAUER

  • Diplôme d’ingénieur en Sciences Cognitives – Ecole Nationale Supérieure de Cognitique de Bordeaux (ENSC)

A l’école, j’ai toujours eu l’impression qu’on cherchait à faire des « têtes bien pleines » plutôt que des « têtes bien faites ». Ouais… Pas très utile. On pourrait essayer de faire mieux, non ? C’est ça qui m’intéresse dans la pédagogie : chercher de nouvelles méthodes et de nouveaux outils pour se construire intellectuellement et arrêter de faire apprendre un tas de trucs qui, au final, ne servent qu’à passer un diplôme ou valider une formation.

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