Peut-on se former sans formateur ? Suite et fin

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Nous terminons cette mini-série sur l’autoformation avec un guide pratique : vous souhaitez vous former seul(e) mais vous ne savez pas comment faire ? On vous explique tout 🙂

Apprendre… à apprendre sans formateur : petit guide pratique

 

  1. Précisez votre projet

Pour s’auto-former, il faut d’abord être bien au clair sur ce que l’on veut :  qu’est-ce qui me pousse à apprendre une nouvelle langue ou une nouvelle technique, à vouloir acquérir telle ou telle compétence ? Quel est mon but ? Il est très important d’identifier ce qui nous motive réellement, car c’est ce qui nous donnera l’énergie nécessaire pour organiser notre formation et persévérer malgré les difficultés et la complexité de la tâche !

Avoir une bonne connaissance de soi-même et de son mode de fonctionnement est également un atout non négligeable. Il vaut mieux connaître ses ressources et limites personnelles en matière d’apprentissage afin de s’assurer que ce mode de formation et son rythme particulier nous conviennent. Quelqu’un qui a besoin de contacts sociaux très développés, qui a des difficultés à se motiver seul ou qui n’est pas très organisé aura beaucoup plus de mal à se former sans guide et sans « camarades de classe » qu’une personne autonome et rigoureuse, aux fortes ressources intra personnelles, qui supporte bien la solitude et est capable de se fixer des buts à atteindre ou de prendre du recul sur son apprentissage pour l’améliorer sans le regard extérieur d’un formateur. Ce type de formation ne correspond pas à tout le monde !

Enfin, il est important de faire le point sur les moyens que l’on peut consacrer à l’autoapprentissage. Combien de temps puis-je y consacrer chaque semaine, à quelle fréquence est-ce que je peux dégager une plage horaire, quel délai je me donne pour atteindre mon but, quel est mon budget, etc. ? Toutes ces questions permettent de préciser le cadre de l’autoformation.

  1. Déterminez vos objectifs et choisissez votre méthode

L’autoformation peut prendre différentes formes en fonction de votre but et des objectifs que vous visez. Si vous souhaitez obtenir une certification reconnue pour compléter votre CV, il vaudra mieux vous tourner vers une formation diplômante, en suivant un parcours à distance ou des cours par correspondance par exemple. Si vous vous formez plutôt par plaisir ou par loisir, vous pouvez opter pour une méthode moins contraignante et constituer vous-même vos contenus d’apprentissage, par exemple en consultant des sites ou des forums spécialisés, en regardant des tutoriels ou bien en suivant des MOOC[1] (Massive Open Online Courses) dédiés au sujet qui vous intéresse.

Notez que les MOOC sont très nombreux et très inégaux en termes de qualité et de déroulement : ils peuvent être gratuits ou payants selon les cas, une partie d’entre eux délivre une certification à l’issue du parcours, certains sont accessibles toute l’année et d’autres sont limités dans le temps… N’hésitez pas à vous renseigner au préalable pour cibler ce qui correspond le mieux à vos objectifs et à vos attentes.

  1. N’oubliez pas les 5 ingrédients de base de l’autoformation !

 

  • Organisation: soyez méthodique dans la planification de votre apprentissage ! Définissez votre objectif principal et fixez-vous des défis (réalistes !) à relever tout au long de votre autoformation pour la pimenter un peu. Découpez votre parcours d’apprentissage en étapes et planifiez votre progression, apprenez à gérer votre temps en fonction de vos disponibilités en établissant un planning hebdomadaire, fixez des moments pour contrôler vos connaissances… et n’oubliez pas de vous ménager des plages de détente pour vous permettre de souffler, particulièrement si vous vous formez seul en parallèle de vos journées de travail !

 

  • Cadre : soignez votre environnement de travail, c’est-à-dire à la fois l’endroit où vous travaillez et le « lieu » dans lequel vous choisissez d’apprendre : qu’il s’agisse d’un organisme de formation à distance comme le CNED, d’un réseau social ou d’un site participatif, ne restez pas seul, échangez le plus possible avec d’autres apprenants ! En plus de vous obliger à travailler de façon plus régulière, inscrire ainsi votre apprentissage dans un cadre vous permettra de nouer des liens avec d’autres et de créer un réseau d’entraide qui se révèlera précieux en cas de blocage ou de baisse de motivation !

 

  • Variété : pour éviter l’ennui et soutenir la mémorisation, multipliez les types de supports avec lesquels vous étudiez. Textes, vidéos, serious games, échanges sur le web ou autres, n’hésitez pas à varier les canaux d’apprentissage et à associer le son et l’image (voir un autre sens selon ce que vous apprenez) pour mémoriser une même information, cela permettra à votre cerveau d’intégrer plus facilement les éléments appris !

 

  • Mise en pratique : pour apprendre plus efficacement et plus durablement, essayez autant que faire se peut de lier théorie et pratique. Vous apprenez l’italien ? Regarder la télé italienne ou lire la presse du pays en ligne est un premier pas, mais vous pouvez aussi tester vos capacités à communiquer en commandant en italien à l’épicerie italienne du coin ou proposer à des touristes transalpins en vacances près de chez vous de leur faire visiter votre ville dans leur langue (oui, Airbnb peut aussi servir à ça). Dès que possible, essayez de mettre vos nouvelles connaissances en application dans votre vie quotidienne car comme le disait avec sagesse Confucius (parait-il) : « J’entends et j’oublie ; je vois et je me souviens ; je fais et je comprends».

 

  • Régularité : apprendre et se former seul, ce n’est jamais évident et on peut rapidement se sentir isolé, être découragé et lâcher l’affaire… Pourtant, peu importe si vous ne travaillez qu’une heure par semaine, l’important est de persévérer. Au final, ce n’est pas le nombre d’heures passées à apprendre qui compte, mais plutôt leur régularité et leur qualité !

On ne peut construire un apprentissage efficace et durable que si les bases sont solides, ne les négligez pas. Une fois qu’elles sont bien acquises, si vous n’avez que peu de temps à consacrer à votre autoapprentissage, concentrez-vous sur ce qui est pertinent et intéressant pour vous par rapport à votre objectif personnel. N’hésitez pas non plus à passer du temps sur ce qui vous plait, c’est ce qui vous permettra de garder la motivation dans la durée, et donc de rester régulier !

Un dernier mot pour finir : cet article n’a évidemment pas vocation à remettre en cause la formation « classique » et l’importance du rôle que joue le formateur dans nos apprentissages… il vise simplement à présenter un mode d’apprentissage différent, voire complémentaire.

Bonne autoformation !

[1] Les MOOC sont des cours en ligne accessibles à tous, gratuits la plupart du temps, et qui permettent à n’importe quel internaute de se former à distance sur à peu près tous les types de sujets.


Raphaël LAUER

  • Diplôme d’ingénieur en Sciences Cognitives – Ecole Nationale Supérieure de Cognitique de Bordeaux (ENSC)

A l’école, j’ai toujours eu l’impression qu’on cherchait à faire des « têtes bien pleines » plutôt que des « têtes bien faites ». Ouais… Pas très utile. On pourrait essayer de faire mieux, non ? C’est ça qui m’intéresse dans la pédagogie : chercher de nouvelles méthodes et de nouveaux outils pour se construire intellectuellement et arrêter de faire apprendre un tas de trucs qui, au final, ne servent qu’à passer un diplôme ou valider une formation.

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