« Je projette donc je suis » : de l’utilité des visuels en formation

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Projection en formation

C’est devenu un passage obligé dans toutes les formations, toutes les présentations et même tous les mariages : la projection d’un support censé éclairer le discours de celui ou celle qui a la parole. Pour ne pas être soporifique, pour varier les médias et pour se démarquer de ce qu’on a connu à l’école, à la fac, ou ailleurs, on prépare des visuels à projeter en se disant « chouette ! avec ça, je vais mettre tout le monde dans ma poche ! » On fait confiance au visuel pour nous donner un coup de pouce : puisqu’on passe de plus en plus de temps à regarder des tas de choses différentes, on est convaincu – à raison – de l’efficacité des visuels.
Néanmoins le recours systématique à la projection conduit bien souvent à la catastrophe. Et si on prenait un peu le temps d’y réfléchir ?

Un outil pédagogique puissant mais mal utilisé

Commençons par replacer la projection de visuels dans son contexte. Elle va accompagner un discours oral tenu par un formateur pendant le temps de la formation. Son contenu n’a donc pas vocation à être autonome ni a se substituer à la formation elle-même, et doit être adapté à l’usage spécifique qu’on veut en faire. Il ne correspond ni à un document qu’on donne aux formés en fin de session, ni à un aide-mémoire pour le formateur.
En effet, c’est bien pour les formés qu’on projette quelque chose, et non pour soi-même. Montrer ses notes ou le plan de son intervention en 4 mètres par 3 pour être sûr de ne rien oublier n’a aucun intérêt pour le formé ! Et rien n’est plus exaspérant qu’un intervenant qui a l’air de découvrir sa présentation au fur et à mesure que les visuels s’affichent… On finit par se demander si c’est bien lui qui a préparé la formation ou si un autre acteur plus avisé – mais absent – ne tire pas en réalité les ficelles dans l’ombre.
Pour mettre constamment le formé et son intérêt au centre de la formation, il paraît capital de construire simultanément les dimensions orale et visuelle, qui ne s’excluent pas l’une l’autre. Si on l’utilise de manière pertinente, la possibilité de montrer ce qu’on veut à tous les formés en même temps constitue une ressource pédagogique immense.

La tentation du décor

S’il est un moyen pratique de capter l’attention, le visuel peut par ailleurs permettre de faire comprendre une notion en la schématisant, ou d’en faciliter la mémorisation. Dans tous les cas, il doit apporter quelque chose en plus au discours. Or, il est très facile, et donc tentant, d’intégrer dans ses présentations des visuels inutiles… De jolies photos ou illustrations n’apportent rien à une présentation et ne jouent souvent que le rôle de décor. Montrer le visage d’une personne en colère parce qu’on évoque ce sentiment, ou une photo de bébé au moment où l’on parle de bébé n’a aucun intérêt. Le contenu affiché parasite même parfois le message délivré oralement : trop de textes, trop de ramifications, pas de commentaire oral de ce qui s’affiche… Ce n’est pas parce qu’on a préparé des slides nombreuses et colorées que la formation va fonctionner, même s’il est rassurant de se dire qu’on a plein de choses à montrer. La projection ne remplace pas la présentation…
En se demandant systématiquement ce que chaque visuel peut apporter aux apprenants, on évite de céder à la tentation de l’ornementation. On sera en train de parler, et on pourra s’appuyer sur les éléments projetés ou travailler à partir de ceux-ci. Que choisir pour que les apprenants en tirent le meilleur profit possible ?

La place de l’image

La projection doit donc compléter ce qui est dit oralement, ou le mettre en valeur ou en perspective. On le sait : lire à haute voix aux auditeurs ce qui s’affiche à l’écran est contre productif. Ils ne lisent plus, mais n’écoutent plus non plus… Au lieu de multiplier les canaux pour favoriser l’apprentissage, on les met en concurrence et on finit par tous les boucher… Et si l’on sollicite les canaux visuel et auditif en même temps, il faut que ce soit sciemment, et pour des informations différentes. Ah ! Tous ces visuels qu’on n’a pas le temps de regarder, tous ces textes qu’on ne lit pas, tous ces graphiques qui défilent sans qu’on puisse en saisir le sens !
Il semble capital de réfléchir à tout cela lorsqu’on prépare une formation : que vais-je afficher lorsque je dirai ceci ? Comment vais-je commenter telle image ? Ici, penser à laisser quelques minutes aux apprenants pour regarder et comprendre. Là, accepter de se taire pour laisser les apprenants regarder une vidéo dessinée qui explique en images et en trois minutes un point qu’on ne souhaite pas détailler, etc. C’est en prenant la peine d’envisager la projection comme un outil à part entière, et non comme une copie incomplète et déformée du discours qu’on a envie de tenir, qu’on en fera un usage pertinent. Si l’on prend la peine de l’envisager comme un véritable outil, la projection peut s’avérer très utile !

Pour finir, et au risque de passer pour des inconscients iconoclastes et réactionnaires, on remettra donc logiquement en question le recours même à une projection pendant une formation. Il ne paraît pas impossible qu’au terme de la préparation d’une formation, on n’ait rien trouvé de pertinent à projeter… et qu’on décide, plutôt que de montrer de jolies choses inutiles, de ne rien projeter du tout. Après tout, parfois, la parole peut se suffire à elle-même, non ? Plutôt que de se poser la question « qu’est-ce que je projette ? », on pourrait commencer par se demander « est-ce que je vais projeter quelque chose ? » Ce n’est pas parce qu’il y a des vidéoprojecteurs partout qu’on est obligés de s’en servir.

Crédit photo conceptlight.fr


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