Prof de philo = prof déconnecté ? Pas toujours ! Rencontre avec François Jourde

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Vous avez un mauvais souvenir de vos cours de philo au lycée ? Le prof était un peu déjanté et baragouinait un charabia loin de vos préoccupations du moment (« quand est-ce que Julien/Juliette va me rappeler ?! »). Et bien oubliez vos clichés sur les profs de philo avec ce témoignage de François Jourde[1], prof connecté avec son temps qui enseigne actuellement à l’École Européenne de Bruxelles 1 et pour qui « le métier de prof est un cheminement : on comprend des choses au fur et à mesure et on change soi-même en enseignant ».

Rendre les élèves actifs

Convaincu que le cours magistral a ses limites, François Jourde essaie de valoriser la pédagogie active dans ses cours. Il considère qu’un bon prof est comme un maître-nageur : il n’est là que pour aider en cas de besoin en tendant sa perche à l’élève s’il est vraiment en difficulté. Cela implique de trouver des activités pour que l’élève apprenne par lui-même et prenne suffisamment confiance en lui pour sortir de sa zone de confort. Il ne s’agit pas de créer des activités forcées mais volontaires, qui intéressent et motivent les élèves parce qu’elles ont du sens, sont diversifiées et joueuses.

Exemples d’activités mises en place par François Jourde pour ce qu’il appelle « une appropriation joueuse » du cours :

–       Faire dialoguer des philosophes dans une BD animée ;

–       Sous-titrer des clips vidéo Bollywood ;

–       Créer des flyers ;

–       Transformer un paragraphe du manuel de cours en une scénette audio : les élèves écrivent des dialogues, s’enregistrent puis diffusent leur travail sur SoundCloud ;

–       Utiliser Gradecam pour rebondir à chaud sur les réponses données par la classe à un questionnaire.

Rendre possible la pédagogie différenciée en classe

Dans le but de faire de la pédagogie différenciée, François Jourde « essaie de laisser autant de liberté que possible aux élèves dans les modalités de travail : ils peuvent restituer leur compréhension du cours sur papier, sur un powerpoint, un flyer, une vidéo… Le sentiment de liberté est un facteur d’engagement puissant, pas seulement en pédagogie d’ailleurs ». Cela suppose une certaine flexibilité de la part du prof même si ce n’est pas toujours possible. Il y a en effet des « gammes scolaires » à faire dont les modalités sont imposées.

François Jourde utilise aussi des « tickets de sortie » (à l’américaine, « exit tickets »). Il s’agit de demander aux élèves d’écrire : une chose importante qu’ils ont apprise, une chose pour laquelle ils estiment avoir besoin d’aide et une chose qu’ils aimeraient approfondir. Grâce à ces tickets, il peut faire de la différenciation en formant des groupes de travail rassemblant les élèves qui rencontrent le même type de difficultés.

Essayer de se débarrasser des notes

François Jourde évalue ses élèves, mais il leur donne de moins en moins de notes car il considère que « c’est anti pédagogique dans le sens où cela parasite l’apprentissage » : stress, comparaison avec les camarades, perte d’attention lors de la correction… Il donne des notes pour le bulletin parce que l’institution l’exige mais tout au long du trimestre, il privilégie les feedbacks qualitatifs : beaucoup de commentaires sur la copie et parfois une couleur (il utilise seulement de 3 couleurs pour limiter l’effet de classement).

Arrêter de donner des devoirs

« Les profs donnent des devoirs parce qu’ils en ont eu et les parents en attendent parce qu’ils en ont eu aussi ! Il y en a beaucoup qui sont là juste pour occuper les élèves. (…) Les devoirs ne sont pas différenciés : toute la classe a les mêmes devoirs. (…) Et s’il est pertinent de demander aux élèves de réaliser certaines choses chez eux, les lectures qui demandent du temps, la réalisation d’une interview ou d’une recherche internet par exemple, la plupart peuvent être faites en classe ! »

Il souligne également qu’aucune recherche en sciences de l’éducation ne prouve une corrélation positive entre les devoirs et les moyennes des élèves et qu’il s’agit trop souvent « d’heures sup » imposées sur le temps familial.

« J’ai lu un article très drôle récemment : une lettre adressée par une maman aux profs de ses enfants qui explique qu’elle n’a ses enfants que 4 heures par jour à la maison et qu’il y a des tas de choses qu’elle veut leur apprendre. Comme elle manque de temps pour le faire (et que ses enfants procrastinent !), elle prévient les profs qu’ils ramèneront en cours leur trompette et leur linge à repasser. Elle précise que les profs ne doivent surtout pas les aider car ils doivent apprendre tout seuls ! »

Pour en savoir plus sur les expériences de François Jourde, je vous invite à consulter son  site : http://profjourde.wordpress.com/

[1] Témoignage récolté lors d’une interview menée en Novembre 2013.

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