Contes et légendes de la neuropédagogie

Contes et légendes de la neuropédagogie

On le dit souvent ici : il ne faut pas hésiter à utiliser les neurosciences pour faire évoluer la pédagogie. Les avancées scientifiques sur la compréhension de notre cerveau et les mécanismes d’apprentissage nous donnent en effet des clés essentielles pour adapter la pédagogie. Mais attention : certains professeurs, pleins de bonne volonté, se font prendre au piège des neuromythes.

 

Un neuromythe est une idée fausse que l’on se fait sur le cerveau. Une telle idée se base généralement sur une véritable découverte scientifique, mais dont une interprétation erronée a été diffusée auprès du public. Le neuromythe le plus connu est sans doute celui ci : nous n’utilisons que 10% de notre cerveau. L’origine de cette légende urbaine, largement relayée par des œuvres de fiction (de Dan Brown à Stephen King), est assez floue : vient-elle du fait que seuls 10% des cellules de notre cerveau sont effectivement des neurones ? Ou des travaux de l’américain Karl Lashley qui, en 1930, observa que des rats, dont une grande partie du cerveau était détruite, continuaient à apprendre certaines tâches ?  Enfin bref.

Le fait est que de plus en plus d’enseignants et de formateurs se laissent tentés par la neuropédagogie, mais faute d’une véritable formation dans le domaine, tombent dans les travers des neuromythes qui y sont associés. Parce que oui, baser sa pédagogie sur un neuromythe peut s’avérer contre productif, voire carrément néfaste.

Prenons un exemple : on a beaucoup parlé du concept d’environnement enrichi pour les tous petits, sorte de caverne d’Ali Baba du savoir où se mêleraient stimulations sonores, visuelles et kinesthésiques. Ces environnements étaient censés stimuler la création de neurones et surtout de synapses (les connexions entre les neurones). Aujourd’hui cependant, on se demande si ce type d’environnements ne favoriserait pas plutôt l’hyperactivité et les troubles attentionnels. Pas vraiment une réussite, donc.

Un nouveau problème se soulève alors : comment différencier un neuromythe, qui semble accepté par l’opinion publique, d’une vérité scientifique avérée ? Et même, comment être certain que ce qu’on pense être une vérité scientifique avérée et vérifiée n’est pas, au final, un neuromythe ?

Eh bien c’est simple : si on se base uniquement sur les avancées des neurosciences, on ne peut pas. C’est un domaine très mouvant, dont les résultats se basent bien souvent sur l’interprétation pas toujours objective de données et de mesures. Rien qu’en prenant l’exemple de la fameuse question « Le cerveau a-t-il un sexe ? » très à la mode en ce moment, on peut trouver un article qui répond « Oui » le mardi et un autre qui brandit un gigantesque « Non » le mercredi. Difficile de s’y retrouver.

 

Pour bien identifier les neuromythes, et donc bâtir une neuropédagogie efficace, il n’y a qu’une solution : faire en sorte que les chercheurs en neurosciences et les enseignants/formateurs travaillent ensemble. Si les premiers peuvent apporter des bases théoriques et de nouvelles pistes de réflexion, les seconds ont la connaissance terrain et l’expérience nécessaire pour juger la pertinence des résultats scientifiques, si tant est qu’ils restent assez ouverts d’esprit pour remettre leurs pratiques en question.

Raphaël Lauer

A propos Raphaël Lauer

A l’école, j’ai toujours eu l’impression qu’on cherchait à faire des « têtes bien pleines » plutôt que des « têtes bien faites ». Ouais… Pas très utile. On pourrait essayer de faire mieux, non ? C’est ça qui m’intéresse dans la pédagogie : chercher de nouvelles méthodes et de nouveaux outils pour se construire intellectuellement et arrêter de faire apprendre un tas de trucs qui, au final, ne servent qu’à passer un diplôme ou valider une formation.

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