PEDAGOGO #31 – RABINDRANATH TAGORE

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Chaque lundi, nous vous proposons de voyager dans l’Histoire de la pédagogie, à travers les portraits des plus grands pédagogues et théoriciens qui ont influencé nos modèles contemporains.
 

Rabindranath Tagore, c’est qui ?!


 
Né le 7 mai 1861 à Calcutta, Rabindranath Tagore est un poète, écrivain, philosophe, peintre, compositeur ET pédagogue indien (rien que ça !). Il est issu d’une longue lignée de réformateurs indiens luttant contre le conservatisme, le système de castes et les discriminations envers les femmes. Ses aînés ont notamment créé des établissements enseignant les sciences et la médecine dites « occidentales ».
 
Une grande partie de l’éducation de Rabindranath Tagore se déroule à domicile (sa famille rejetant un pan important de la scolarité traditionnelle), sous la supervision de son père, féru de philosophies occidentales, et de professeurs particuliers. Il baigne dès son enfance dans un climat culturel très riche, ses treize frères et sœurs plus âgés étant poètes, musiciens, dramaturges ou romanciers. Il voyage aussi beaucoup avec son père et vit plusieurs années dans les forêts et montagnes proches de l’Himalaya.
 
Après ses études à domicile (ou dans la nature), durant sa jeunesse, il tente l’aventure à l’étranger en partant en Angleterre pour étudier le droit. Cette expérience est un demi-échec : il revient en Inde avant d’être diplômé. De retour au pays, il continue seul son éducation et commence à écrire ses premiers poèmes et à composer de la musique.
 
Quelques années plus tard, il doit s’occuper des propriétés familiales confiées par son père. Cette tâche le conduit à être en contact direct avec la pauvreté des paysans bengalis. Le choc ressenti face à la misère qu’endurent ceux-ci l’amène à faire plusieurs constats :
 
Les Indiens doivent prendre conscience des liens qui font d’eux une société par l’éducation, avec comme idée de lutter contre les inégalités
Les paysans, pour être plus unis et avoir une vie meilleure, doivent s’organiser entre eux afin de prendre eux-mêmes leurs décisions de façon coopérative.
 
Fort du constat que seules l’éducation et la coopération peuvent permettre de véritables changements économiques et sociaux, il crée une première école à Seliadah.
 
Il quitte en 1901 Seliadah pour Santiniketan où il crée un pensionnat et une école, l’école brahamacharyashram (ou ashram). Celle-ci ne regroupe que quelques élèves (qui ne payent pas pour leur scolarité) et un nombre équivalent de professeurs, provenant de multiples horizons et adeptes de religions différentes.
 
À partir de 1912, il voyage beaucoup, du Royaume-Uni jusqu’au Japon en passant par les États-Unis. Il reçoit en 1913 le prix Nobel de littérature, une première pour un « non-occidental ». Ses voyages font naître en lui une obsession, celle d’ouvrir l’Inde sur le reste du monde afin que son pays « s’éduque » et sorte de son nationalisme en s’ouvrant aux autres cultures et courants de pensée. Il crée alors plusieurs institutions dédiées à cet objectif, comme le Visva Bharati et le Sri Niketan.
 

Et Rabindranath Tagore, ça donne quoi aujourd’hui ?

 
Il n’est pas chose facile d’exposer les idées de Tagore en matière d’éducation tant celles-ci sont éparpillées dans ses nombres écrits, mais aussi dans ses discours et conférences.
 
Sa première phase de réflexion, s’étalant de 1892 à 1901, lui permet de faire le constat que le déficit d’éducation en Inde est la raison qui empêche son pays d’avancer. Le système mis en place par la Grande-Bretagne n’a alors comme objectif que de former du personnel pour l’Empire, avec comme langue d’instruction l’anglais : la créativité, la liberté ou l’histoire et la culture indiennes ne sont pas travaillées. Pour Tagore, les universités indiennes d’alors sont « comme le compartiment éclairé d’un train qui traverse des campagnes plongées dans l’obscurité ».
 
Dans sa deuxième phase, de 1901 à 1918, Tagore s’attache à poser les premières pierres de la réforme du système d’éducation nationale indien. Il insiste alors dans plusieurs ouvrages sur un certain nombre de points fondamentaux :
 
• Le premier objectif de l’éducation est l’épanouissement de chacun. Le deuxième est de fournir à chacun les moyens de satisfaire ses besoins fondamentaux, condition sine qua non pour permettre d’accomplir le premier objectif ;
La nature doit être le contexte d’enseignement, un endroit où la liberté peut s’exprimer, et où les enfants peuvent apprendre par l’expérience et la découverte ;
• L’enseignement doit être dans la langue maternelle pour le généraliser ;
L’universalisme et l’ouverture aux autres doivent être enseignés ;
Le goût du travail et du devoir est primordial. Les enfants doivent ainsi apprendre un métier en lien avec la réalité de leur pays (artisanat ou agriculture notamment) ;
• Il faut éduquer les sentiments, via l’art, et développer la créativité des enfants. Deux institutions rattachées à Visva Bharati furent d’ailleurs créées dans ces domaines : Kala Bhawan (l’école des beaux-arts) et Sangeet Bhawan (l’école de musique et de danse).
 
Dans sa troisième phase, de 1918 à 1941, Tagore continue à développer ses idées en matière d’éducation en mettant en place son « université du monde », la Visva Bharati, avec comme dessein de permettre aux ruraux de suivre des études. L’université doit permettre aux personnes de s’épanouir et s’améliorer, mais aussi de trouver des emplois car la fonction publique d’alors est saturée par l’arrivée de flots d’étudiants sans compétence manuelle. Pour lui, il est donc urgent de changer les objectifs de l’éducation universitaire.
 
Rabindranath Tagore est aujourd’hui considéré comme l’un des plus grands auteurs indiens, mais aussi comme l’un des principaux penseurs du système éducatif indien moderne mis en place suite à l’indépendance. Plusieurs des institutions qu’il a créées continuent d’ailleurs de faire vivre ses idéaux.
 

Quelques ouvrages de Rabindranath Tagore à consulter :

Plus de 300 titres entre 1878 et 1941. Dur de choisir. Cependant, nous pouvons retenir :
Vicissitudes de l’éducation (1892) ;
– L’éducation et ses problèmes (discours datant de 1906) ;
– Les ermitages des forêts de l’Inde (1909) ;
– Le véhicule de l’éducation (1915) ;
– Prenez votre éducation en charge (1936) ;
– La structure de l’école ashram (1941) ;
– Vers l’homme universel (1986).

 
 


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Aymeric Debrun

  • Diplômé de Sciences Po Lyon – Master Coopération internationale et aide au développement

Découvrir un domaine inconnu, une nouvelle idée, une information ignorée. Se mettre à lire, étudier, analyser, comprendre. Puis approfondir, creuser, se passionner. Et enfin intriguer, intéresser, expliquer, transmettre. Et recommencer.

Un chemin maintes et maintes fois parcouru aussi bien dans ma vie personnelle qu’étudiante. Chez Sydo, j’ai trouvé un travail pour continuer à l’arpenter et faire de ce chemin… un schéma pédagogique.

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