Learning bullshit

|  9 Commentaires

A l’occasion d’un salon dédié à la formation professionnelle au XXIe siècle, nous avons été témoins d’un échange entre 2 spécialistes du domaine qui nous a laissés perplexes. A peine eut-il commencé qu’il nous parut judicieux de prendre des notes afin de pouvoir en restituer ici le verbatim le plus complet possible.
 
Des mois de recherches nous ont ensuite permis de proposer une traduction des propos : passez votre pointeur sur les mots en gras pour découvrir le fruit de notre travail.

 
 
 
SPÉCIALISTE 1 – … et c’est pourquoi nos facilitateurs et nos coachs en expérience apprenante sont recrutés en fonction de leur ouverture d’esprit et de leur passion pour la transmission. On ne peut pas faire des dispositifs user centric avec n’importe qui… Déjà, on les identifie via LinkedIn et on s’assure qu’ils ont été formés aux neurosciences. On vérifie ensuite qu’ils maîtrisent le funny learning, la facilitation graphique et les nouveaux outils : murs collaboratifs, nuages de mots, scénario tutoral, ice-breaking, etc. Mais on est aussi attachés à ce qu’ils aient une expérience à 360, notamment en ce qui concerne les dispositifs d’e-learning : ils doivent avoir déjà réalisé des escape games en classe virtuelle, utilisé Klaxoon et Kahoot via Teams, créé au moins un MOOC et mis en place des expériences immersives interactives.
 
 
SPÉCIALISTE 2 – Effectivement c’est essentiel ! de notre côté nous avons misé sur les moteurs d’ancrage mémoriel, indispensables dans une entreprise apprenante. Grâce à de puissants outils d’adaptive learning, nous donnons aux collaborateurs les moyens de se former eux-mêmes. Une fois le diagnostic initial établi, ils doivent valider des blocs de compétences par le biais de tout un tas de ressources : vidéo scribing ou motion design, podcasts, mini-jeux interactifs, activités de training, simulations en temps réel haute-fidélité, etc. Et à la fin, hop, une mesure quantitative de la qualité de l’expérience apprenante et le tour est joué !
 
 
SPÉCIALISTE 1 – C’est génial ce que vous faites ! J’avais déjà vu ce genre de dispositifs inspirants quand je bossais sur Paris. La boîte dans laquelle je travaillais voulait développer des réflexes de social learning dans les entreprises. Le projet était même que tous les collaborateurs soient à terme capables de créer leurs îlots de formation autonome… tu imagines ce que ça leur demandait en termes d’agilité ! et dès qu’on essaie de sortir les gens de leur zone de confort… On avait déployé du coaching collectif en intelligence émotionnelle mais il restait beaucoup de points bloquants. Du coup je m’étais formé à la formation de formateurs pour faire en sorte que chacun devienne son propre formateur.
 
 
SPÉCIALISTE 2 – C’est génial ce que tu as fait !
 
Ici s’arrête le verbatim, le collègue qui s’y collait s’étant brusquement mis à saigner du nez.


 
 
 
 


 , , , ,

Aurélien Dorvaux

  • Master « Métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation » – Certifié de lettres modernes

Après huit années passées à réfléchir aux meilleurs moyens d’enseigner le français à des collégiens et des lycéens, j’ai eu envie d’utiliser mes savoir-faire et de prolonger mes réflexions sur la pédagogie dans un autre contexte. J’aime m’interroger sur les mécanismes qui conduisent à la compréhension et sur l’apprentissage. Et comme tous les sujets m’intéressent, je trouve chaque jour chez Sydo de quoi satisfaire ma curiosité !

Articles similaires

 9 commentaires


  • Sophie

    J’adore!!!!

    Répondre

  • Charles SANTUCCI

    Excellent, on s’y croirait.

    Répondre

  • Mathieu

    J’adore ! Je peux essayer avec votre biographie pour voir si j’ai bien compris ? 😃 Je me le permet parce que j’ai presque le même parcours, et que c’est probablement ce que j’écrirais sur LinkedIn 😛

    Après huit années passées à réfléchir aux meilleurs moyens d’enseigner le français à des collégiens et des lycéens (à galérer avec des ados merdeux), j’ai eu envie d’utiliser mes savoir-faire et de prolonger mes réflexions sur la pédagogie dans un autre contexte (de tout envoyer valser et de prendre un peu de temps pour moi). J’aime m’interroger sur les mécanismes qui conduisent à la compréhension et sur l’apprentissage (me prendre la tête et lire des articles pseudo-scientifiques sur l’apprentissage). Et comme tous les sujets m’intéressent (je ferais tout pour éviter les trucs ennuyeux que j’ai à faire), je trouve chaque jour chez Sydo de quoi satisfaire ma curiosité !

    Répondre

  • Laetitia MATHIEU

    Tellement vrai ! Bravo !

    Répondre

  • Micky

    C’est tellement réaliste ! : )
    Ah ah ah merci, j’ai bien ri !
    Cette mise en situation qui épingle les tics de langages verbeux, creux de nos managers qui sous couvert de nouveauté sémantique et langagière (si possible en anglais, c’est plus-mieux) nous mettent à distance (ils savent, nous … non) permet une juste mise à distance avec ce sabir néo-fumeux qui nous enfume et nous fait prendre du gloubiglouba genre n »ame-dropping » de la science pour de la science et de l’excellence.
    Restons simple, compréhensible, lisible, intelligent pour être accessible, rendre accessible ce que nous voulons transmettre.
    Au diable la Novlangue des « sachants ».
    Merci de cette fraicheur du matin !

    Répondre

  • Gene

    Bravo pour ce savant –et hilarant– exercice de déconstruction de la langueudeuboi du milieu de la formation. il serait salutaire de s’appliquer à ce recul humoristique dans tous les métiers jargonneux !
    Là, je me suis vraiment marrée : merci pour cette prose décomplexée, vivante et si proche du quotidien, du terrain, quoi !

    Répondre

  • Mélina

    Très drôle ce dialogue hors-sol !

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.