Évaluation par QCM et bonnes pratiques

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Un peu d’histoire personnelle

 
Il y a peu, je me suis inscrit à mon premier MOOC. Attention, j’avais déjà testé des MOOCs avant, pour voir comment ils étaient construits, quels médias y étaient intégrés, etc. Mais je n’avais jusqu’à présent jamais suivi un MOOC par intérêt sur le sujet, avec la ferme intention de le poursuivre jusqu’à son terme.
 
Bon, sans surprise, ça a loupé : entre des ressources pédagogiques pas dingues (vidéos d’experts qui parlent face caméra très (trop) longtemps, blocs de texte sans mise en page, etc.) et un temps de travail personnel que je n’ai pas réussi à dégager, je ne suis pas arrivé au bout.
 

La réussite grâce aux quiz

 
Enfin, ce n’est pas tout à fait vrai : pour avancer dans le MOOC et avoir le petit papier final disant que j’avais bien participé et validé ce MOOC, je devais répondre à différents quiz sous forme de QCM.
 
J’ai bien validé ce MOOC, et j’ai bien le petit papier qui le dit, alors que je n’ai suivi aucun cours. Comment est-ce possible ? Tout simplement parce que les quiz utilisés pour valider ma progression étaient très mal construits : il s’agissait de QCM pour lesquels, avec un minimum de logique, on pouvait très facilement déduire la bonne réponse parmi les 4 propositions fournies.  Par exemple, si je vous demande :
 
« Combien font 1328 x 4 + 7 – 132 / 6 x 25 + 4 ? »
 
Vous allez sans doute être un peu décontenancé(e).
 
Mais si je vous dis :
 
« Choisissez parmi les propositions ci-dessous le résultat du calcul 1328 x 4 + 7 – 132 / 6 x 25 + 4 :

  • Un pigeon
  • Le traité de Rome
  • 4773 »

 
Vous devriez vous en sortir sans trop de difficulté.
 

Un QCM, qu’est-ce que ça évalue exactement ?

 
La plupart du temps, un QCM ne permettra que de vérifier que l’apprenant a bien mémorisé une notion. C’est-à-dire qu’il est capable de donner la réponse souhaitée face à un certain stimulus (coucou le behaviorisme). À la limite, un quiz peut aussi vérifier si un apprenant a bien compris un mécanisme ou une procédure. Mais en aucun cas un QCM ne permettra de vérifier si un apprenant s’est effectivement approprié un concept, ou s’il va adopter un nouveau comportement. C’est donc une modalité d’évaluation très limitée, et qui ne permet pas du tout d’évaluer l’efficacité d’une formation.
 

Quelques bonnes pratiques pour faire un QCM

 
1 – Faites court et fragmenté : personne n’a envie de subir un quiz de 30 questions après avoir déjà subi 1 heure de vidéo pas très intéressante. Privilégiez les séquences courtes, entrecoupées de quiz de 5 questions maximum.
 
2 – Ayez le souci du détail : n’hésitez pas à étoffer le contexte de vos questions avec des détails particuliers et qui peuvent « piéger » l’apprenant. De cette manière, il devra vraiment être attentif et réfléchir avant de répondre.
 
Exemple de question issu d’un e-learning sur la sécurité au travail :
 
« Toujours pendant une visite sécurité, vous tombez sur un tableau de consignation que vous ne connaissez pas : il permet de visualiser les équipements en cours de consignation, mais aussi les personnes qui travaillent sur les équipements. Comment réagissez-vous ? »
 
3 – Soignez les mauvaises réponses : dans la même veine que le point 2, essayez de rendre toutes vos réponses crédibles. Vous pouvez par exemple intégrer des éléments de bonne réponse dans toutes les propositions, pour que la bonne réponse ne se démarque que par un petit détail.
 
Exemple de réponse :
 
« A – Vous demandez aux équipes de supprimer ce tableau : il n’est pas règlementaire et ce n’est en aucun cas aux opérationnels de prendre ce genre d’initiatives.
 
B – Vous félicitez les équipes du site pour cette initiative, et vous remontez cette idée au niveau de la région : elle pourra être mise en place sur tous les sites concernés !
 
C – Ce tableau est une bonne idée, et il aide effectivement les équipes sur place. Cependant il n’est pas règlementaire : vous permettez officieusement aux équipes de le garder, mais leur demandez de ne pas en parler à leurs collègues d’autres sites. »
 
4 – N’hésitez pas à faire un peu d’humour : vous pouvez vous permettre d’intégrer, dans les 4 réponses proposées, une réponse complètement absurde pour dynamiser votre quiz 🙂
 
 
 


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Raphaël LAUER

  • Diplôme d’ingénieur en Sciences Cognitives – Ecole Nationale Supérieure de Cognitique de Bordeaux (ENSC)

A l’école, j’ai toujours eu l’impression qu’on cherchait à faire des « têtes bien pleines » plutôt que des « têtes bien faites ». Ouais… Pas très utile. On pourrait essayer de faire mieux, non ? C’est ça qui m’intéresse dans la pédagogie : chercher de nouvelles méthodes et de nouveaux outils pour se construire intellectuellement et arrêter de faire apprendre un tas de trucs qui, au final, ne servent qu’à passer un diplôme ou valider une formation.

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