Multitasking au travail (et ailleurs) #2 : la définition de la science

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On continue notre mini-série consacrée au « multitâche » avec un nouvel article ! Au menu cette semaine : définition scientifique, attention et petite expérience.

« Multitâche » : la définition scientifique

Pour les chercheurs, être « multitâche » signifie en effet être capable de faire plusieurs choses concurrentielles exactement en même temps, et pas en léger décalage. Or avec le développement de la neuro-imagerie fonctionnelle, qui permet de visualiser l’activité cérébrale d’un sujet en temps réel, les scientifiques se sont rendu compte que lorsque nous pensions être en mode « multitâche », notre cerveau ne traitait en réalité qu’une seule tâche à la fois, que l’on soit un homme ou une femme !

Je vous vois déjà froncer les sourcils, « mais nous sommes bien capables de marcher en parlant, ou de respirer en écrivant, non ? ». Vous avez raison, notre cerveau peut tout à fait mener plusieurs tâches en parallèle, mais à une condition : que certaines de ces tâches soient automatisées, comme la marche ou la respiration, que nous accomplissons la plupart du temps en « pilote automatique ».

Le reste du temps, si une personne réalise deux actions un peu complexes en parallèle, par exemple téléphoner à quelqu’un tout en écrivant un mail, ses deux lobes frontaux vont s’allumer simultanément, chacun traitant l’une des deux tâches. De l’extérieur, la personne aura l’air de mener les deux activités de front. Mais en réalité, son cerveau sera simplement en train de jongler rapidement d’une tâche à l’autre, mettant la première en attente pour se concentrer sur la seconde avant d’alterner, et ainsi de suite. Grâce au lobe préfrontal, les informations concernant la 2nde tâche sont stockées en mémoire courte pendant que la 1ère tâche est traitée, puis inversement lorsque la personne se concentre sur la 2nde tâche.

Comment le cerveau parvient-il à jongler ainsi ? Tout repose sur la focalisation de l’attention.

 

L’attention, une ressource limitée

L’attention, c’est notre capacité à supprimer ce qui nous distrait et à sélectionner des stimuli, des souvenirs ou des pensées adaptés à la situation à laquelle nous sommes confrontés, pour répondre à un objectif précis (pour plus de détails, vous pouvez télécharger notre livre blanc sur le sujet). Sans ce mécanisme, nous serions littéralement submergés par toutes les informations qui nous parviennent de l’extérieur à chaque instant !

Selon le contexte dans lequel nous nous trouvons, nous pouvons choisir de diriger notre attention sur tel ou tel élément. D’après une étude des chercheurs de l’Institut de Neurosciences de l’Université de New-York menée sur des souris, ce sont le cortex préfrontal et une zone précise du thalamus, le noyau réticulé thalamique (NRT), qui dirigent intentionnellement l’attention sur l’une ou l’autre des tâches à accomplir.

Mais nos ressources attentionnelles sont limitées : plus nous avons de tâches à mener en parallèle, plus nous devons « diviser » notre attention. Conséquence, le risque de faire des erreurs augmente, de même que le temps nécessaire pour accomplir une tâche (par rapport à la situation où nous n’aurions que cette tâche isolée à accomplir).

 

… Vous doutez ? Essayez donc le test suivant, conçu en 1930 par John Ridley Stroop, un psychologue américain.

  1. Commencez par énoncer à voix haute les couleurs des carrés suivants :

… facile, non ?

  1. Maintenant, dites à voix haute de quelle couleur les mots suivants sont écrits :

Normalement, pas de difficulté non plus.

  1. Et maintenant, essayez de faire le même exercice qu’en 2 avec la liste de mots suivante :

A priori (et sauf myopie extrême), vous avez dû avoir plus de difficulté !

Pourquoi ? Tout simplement parce que dans cet exercice deux tâches distinctes, la lecture des mots et la reconnaissance des couleurs, tentent de capter votre attention : pour réussir l’exercice, votre cerveau doit parvenir à considérer la réponse automatique (la lecture) comme une simple distraction pour l’inhiber, et se concentrer sur l’information pertinente (la couleur).

Rendez-vous la semaine prochaine pour conclure : quels risques à partager son attention ?
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Emmanuelle Veron

  • Master 2 en Sciences du Langage, spécialité Didactique du Français Langue Etrangère – Université Grenoble-Alpes et CNED
  • Diplômée de Sciences Po – Master Affaires Internationales, mention « Management Public International »

Depuis toute petite, j’adore découvrir et apprendre de nouvelles choses. De l’actualité à la grammaire d’une langue étrangère en passant par les neurosciences, tout m’intéresse (ou presque) ! Je suis aussi fascinée par le langage sous toutes ses formes : les livres, les langues, les images ou la musique sont pour moi autant de moyens complémentaires de transmettre des connaissances et des émotions.
Comprendre, expliquer, donner envie d’apprendre grâce à des supports ludiques et innovants : autant de missions qui me passionnent et qui sont au cœur du travail chez Sydo.

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