Lutter contre l’échec scolaire grâce à la médiation culturelle

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Ancien instituteur, aujourd’hui devenu psychopédagogue, Serge Boimare développe depuis plus de trente ans une démarche pédagogique originale pour aider les enfants et adolescents, en grande difficulté scolaire, à se réconcilier avec l’apprentissage. Son approche ? La médiation culturelle par l’étude des grands textes mythologiques.

La peur d’apprendre, cause principale de l’échec scolaire

Selon Serge Boimare, les élèves en échec scolaire sont, pour la plupart, en proie à ce qu’il appelle « la peur d’apprendre », c’est-à-dire le sentiment de ne pas avoir les compétences psychiques nécessaires pour apprendre.
Ces élèves se heurtent en effet à quatre contraintes, inhérentes à l’apprentissage, qui leur paraissent insurmontables :

  • le fait de devoir faire l’expérience du manque de connaissances et/ou de compétences,
  • le fait de devoir être patient car l’apprentissage d’un savoir prend du temps,
  • le fait de devoir être seul pour apprendre
  • et le fait de devoir respecter des règles.

En classe, ces jeunes se sentent dépassés et mettent alors en place des stratégies pour éviter les situations d’apprentissage, qui sont souvent difficiles à gérer pour les enseignants. Selon les enfants, cela peut se manifester de différentes façons : endormissement en classe, repli sur soi, agressivité, hyperactivité, troubles psychosomatiques ou encore sentiment de persécution.

La solution : l’étude des grands textes

Le « nourrissage culturel », c’est-à-dire l’étude des grands mythes et des contes pourrait être, selon Serge Boimare, une solution pour aider les enseignants à faire sortir les élèves de cette peur d’apprendre. Serge Boimare a élaboré cette théorie pédagogique à partir de son expérience d’enseignant dans des classes spécialisées pour les élèves en grande difficulté. Il s’est rendu compte qu’en lisant à ses élèves des contes de Grimm, il parvenait à les intéresser, à les questionner, à les faire participer et à les amener progressivement à s’ouvrir à l’apprentissage.
Ces textes ont la particularité de traiter des grandes questions humaines et de sentiments universels (la peur, la violence, l’erreur, etc.). Les enfants s’identifient aux personnages, qui partagent les mêmes inquiétudes qu’eux, et peuvent alors parler de ce qu’ils ressentent, par le biais du récit. Hercule et ses douze travaux, par exemple, peuvent être une métaphore des épreuves qu’il faut traverser pour atteindre un objectif. La médiation culturelle permet ainsi à ces jeunes de se confronter en douceur à l’apprentissage. Grâce au récit, ils apprennent à écouter, à interpréter, à se questionner et à s’exprimer.

La médiation culturelle en pratique

Serge Boimare recommande de consacrer une heure quotidienne aux grands textes. Cela peut se faire de manière simple. L’enseignant lit à voix haute un texte ou un extrait de texte pendant 15 à 20 minutes, puis engage une discussion avec ses élèves ou une activité écrite pendant 30 à 40 minutes. Il faut cependant veiller à ce que tous les élèves se sentent à l’aise avec l’exercice et participent. Ces séances permettent à l’enseignant de capter l’intérêt de tous les élèves, même de ceux qui sont en grande difficulté, et de faire fonctionner une classe hétérogène.
Par ailleurs, les enseignants peuvent utiliser ces textes dans des disciplines telles que les mathématiques, la géographie, l’histoire ou les sciences. Les distances parcourues par un personnage, la chronologie d’une histoire, un phénomène climatique peuvent, par exemple, être utilisés de manière symbolique pour faciliter l’apprentissage aux élèves.

Pour en savoir plus :
– Boimare, Serge, L’enfant et la peur d’apprendre, Paris, Dunod, 2014
– Boimare, Serge, La peur d’enseigner, Paris, Dunod, 2012


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