Apprendre un métier en trois mois : le cas des « bootcamp »

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Article écrit par Antoine Amiel, CEO de Learn Assembly, l’université collaborative des entrepreneurs et des professionnels du Web.

Devenir développeur en moins de trois mois ? C’est le pari lancé par les «  dev boot camp », des programmes de formation en présentiel, d’une durée de quelques semaines et destinés à tous ceux qui souhaitent devenir développeurs professionnels. Lancés par des startups comme DevBootCamp, le Wagon ou encore Simplon, ces programmes rencontrent un succès phénoménal. Alors qu’on estime le nombre de développeurs à 18 millions dans le monde aujourd’hui, et que de très nombreuses entreprises peinent à trouver les profils qu’elles recherchent, ces formations sont-elles la solution pour les recruteurs ? Contrairement aux écoles classiques, les bootcamps ont pour objectif une mise en application immédiate, concrète, en mode projet. Ils offrent une pédagogie appliquée, collaborative : surtout, ils ont pour objectif de donner les outils aux apprenants, puis de leur permettre de prendre leur envol.

Tour d’horizon d’un modèle de formation à suivre de très près.

Qui sont les participants ? Que recherchent-ils ?

Selon Boris Paillard, fondateur de Le Wagon, les motivations sont variées : on trouve tout d’abord des jeunes entrepreneurs souhaitant créer eux-mêmes leur site web ou application. Le second type de profil regroupe les professionnels (chefs de projets, designers, artistes etc…) souhaitant monter en compétences pour postuler à des emplois mieux rémunérés et valorisés. Enfin, certaines personnes sont en reconversion professionnelle, sur un marché très porteur où les recrutements battent leur plein. On constate donc que l’emploi et l’employabilité sont clairement les moteurs du phénomène.

Qu’en pensent les recruteurs ?

Ces programmes courts de formation soulèvent un certain nombre de questions : s’ils ne sont pas radicalement innovants en terme de pédagogie (la pédagogie inversée et le « learn by doing » étant des méthodes intrinsèques à la programmation), les bootcamp innovent en ce qui concerne la relation entre étudiants et marché du travail, et court-circuitent les acteurs traditionnels. Les recruteurs, dont les besoins en développeurs vont croissant, cherchent souvent des profils polyvalents, flexibles « couteau suisse ». Cette capacité à être autonome et en apprentissage permanent est un critère essentiel pour des startups, des entreprises innovantes. A l’heure du numérique, les entreprises incapables de renouveler leurs compétences et de s’adapter aux évolutions de leur marché sont condamnées, la situation économique actuelle le prouve bien. Dès lors, se former et changer de métier rapidement est une capacité valorisée.

Quel modèle économique ?

Ces programmes recrutent des promotions d’une vingtaine d’apprentis par session. Le modèle économique fonctionne de la manière suivante, avec des « marges arrières » et des marges « avant ».

  1. Marges avant : les participants paient leur participation de 10 000$ (Dev Bootcamp) pour une durée de 3 mois.
  2. Marges arrières : les cabinets de recrutement et employeurs paient pour avoir un accès prioritaire aux profils des participants et les recruter.

Le modèle des bootcamp est-il applicable à d’autres secteurs ?

Le développement des formations courtes à très forte valeur ajoutée et immédiate employabilité est-il l’avenir ? Ces formations montrent-elles un décalage croissant entre le monde de l’enseignement supérieur et le marché du travail ? A-t-on encore besoin de payer des études longues et chères pour trouver un travail ? Au contraire, peut-on dire que les bootcamps fabriquent à la chaîne des développeurs low-cost et tirent le marché vers le bas ? Les questions soulevées par ce modèle pédagogique sont nombreuses. L’une d’elles est la possibilité pour ce type de format de se généraliser et de sortir du petit monde « tech ». Rien n’est moins sûr : en effet, dans le monde du Web et de la programmation, le rôle des diplômes a toujours été secondaire. L’important est la compétence, la capacité à se maintenir à jour, à gérer un projet en équipe. Cette vision très orientée vers la mise en pratique n’est pas du tout celle partagée par des acteurs plus classiques de l’économie, où le rôle du diplôme fondamental est plus important. Cependant, rien n’empêche d’imaginer des bootcamps pour restaurateurs, coiffeurs ou encore éleveurs d’animaux : tout dépend de l’acceptation de ces formations par le monde du travail, et donc d’un changement de mentalité.

Si vous souhaitez prolonger le débat (sur Quora, en anglais).


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Raphaël LAUER

  • Diplôme d’ingénieur en Sciences Cognitives – Ecole Nationale Supérieure de Cognitique de Bordeaux (ENSC)

A l’école, j’ai toujours eu l’impression qu’on cherchait à faire des « têtes bien pleines » plutôt que des « têtes bien faites ». Ouais… Pas très utile. On pourrait essayer de faire mieux, non ? C’est ça qui m’intéresse dans la pédagogie : chercher de nouvelles méthodes et de nouveaux outils pour se construire intellectuellement et arrêter de faire apprendre un tas de trucs qui, au final, ne servent qu’à passer un diplôme ou valider une formation.

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 2 commentaires


  • Stéphane Côté

    Bonjour 

    Le message s’adresse à Sylvain et à Estelle. Vous m’aviez demandé de vous tenir au courant des évolutions dans la pédagogie 3.0, voici trois nouveaux articles sur le sujet : 
    *la 3.0 expliquée simplement : http://stephanecote.org/2014/01/28/tout-sur-la-pedagogie-3-0/
    *L’analyse de l’impact sur les résultats des élèves : +4,8% de progrès de la moyenne : http://stephanecote.org/2014/07/23/ped-3-01-quand-linspiration-devient-tangible-48/
    et les 5 éléments de la pédagogie 3.01 ayant le plus d’impact : http://stephanecote.org/2014/08/13/les-5-elements-ayant-le-plus-d-impact/

    Au plaisir!
    « Un élève qui progresse est un élève engagé ».
    Stéphane Côté

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