Détourner un jeu avec un objectif pédagogique : le Dixit entrepreneurial

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Le jeu est un des leviers pédagogiques qui peut-être mis à profit pour apprendre ou pour développer la créativité. L’équipe pédagogique d’EMLyon a choisi de proposer aux étudiants du module PCE (Projet création entreprise) un jeu pour les accompagner dans la recherche d’idées et de concepts de création d’entreprises. Témoignage.

Le Dixit est un jeu qui permet d’associer des concepts à des illustrations. À chaque tour, l’un des joueurs est conteur, c’est-à-dire que c’est lui qui va lancer un mot en rapport avec l’une de ses cartes. Il pose ensuite sa carte face cachée sur la table, et les autres joueurs doivent trouver parmi leurs propres cartes une illustration qui leur fait penser au mot énoncé par le conteur, puis la poser également sur la table face cachée. Le conteur ramasse ensuite toutes les cartes, les mélange et les étale face visible les unes à côté des autres.
Pour les joueurs, le but du jeu est de retrouver la carte que le conteur a posée.

A EMLyon, le jeu a été détourné pour faire émerger des idées d’entreprises chez les étudiants. Régis Goujet, professeur en entrepreneuriat, et l’équipe pédagogique ont ainsi utilisé le fameux Business Model Canvas (Osterwaler & Pigneur), une référence dans la formalisation pédagogique de l’entrepreneuriat, pour orienter la réflexion des étudiants : « Nous avons choisi de nous focaliser sur 3 thèmes : la proposition de valeur (l’offre), le mode de distribution (accès au marché), la clientèle visée (segmentation) ».

A chaque partie, les joueurs explorent une des thématiques. Tous les mots proposés doivent alors être en lien avec le thème.

Par exemple, un joueur tire une carte qui représente un chat durant une partie « segmentation » : il peut tout aussi bien dire : « chasseurs » ; « mangeurs de viande » ou encore « moustachus », tout est permis, pour peu que le mot choisi corresponde à un type de clientèle.

A chaque partie, on choisit un des 3 thèmes, ce qui permet au final d’avoir une liste d’items pour chaque catégorie.

A partir de ces différents items, on peut composer des projets de création d’entreprise. Prenons un exemple : si le mot « parents » est ressorti pour la thématique clients, ainsi que le mot « baby sitter » pour la thématique « offre » et le mot « internet » pour la thématique « distribution », les étudiants peuvent imaginer un service de baby-sitters pour les parents, disponible sur internet.

Selon Régis Goujet, « l’intérêt majeur pour la recherche d’idées est de montrer que celle-ci est multidimensionnelle : une idée entrepreneuriale ne se cantonne pas à une nouvelle offre dans le vide. Il s’agit d’une offre associée à une clientèle que l’on touche via tel canal de distribution et c’est bien cette trilogie qui donne du sens à un projet. L’originalité du projet peut ainsi reposer sur l’un des ces moyens : pour Amazon, c’est l’accès au marché qui a fait sa différence par exemple. »

Finalement, ce jeu permet de faire prendre conscience aux étudiants l’importance d’imaginer des projets d’entreprise cohérents, en intégrant le mode de distribution et la clientèle visée. En effet, les étudiants recherchent trop souvent une offre innovante, sans penser à la manière de la vendre, ni à qui elle s’adresse.

Par ailleurs, le jeu est l’occasion de faire ressortir la créativité des étudiants, de manière spontanée et d’éviter la fameuse angoisse du business plan blanc, bien connue des entrepreneurs !


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Clarence Thiery

  • Diplômée d’un master de marketing / vente à l’ESDES, Lyon
  • Diplômée du Mastère spécialisé « Entreprendre » à l’EM Lyon

J’ai toujours été très critique envers mes professeurs qui oubliaient qu’enseigner voulait aussi dire « savoir donner envie d’apprendre ». Quand un élève ne comprend pas ou n’écoute pas : est-ce forcément parce qu’il est fainéant ou bête ? Je suis convaincue que c’est principalement parce qu’on ne donne pas aux enseignants les moyens et les outils pour donner envie d’apprendre à leurs élèves, les intéresser, susciter l’émotion ou le débat. Notre façon d’apprendre évolue, notre manière d’enseigner et de transmettre doit s’adapter.

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