
On connaît tous l’expression « Dormir dessus » que les anciens nous assènent quand on est face à une décision complexe à prendre ou quelque chose qui nous échappe.
Savez-vous que derrière cette simple phrase anodine se cache finalement un phénomène fascinant : le sommeil joue un rôle clé dans notre mémoire, notre apprentissage, la gestion de nos émotions, notre créativité et même notre prise de décision. Il influence notre capacité à résoudre des problèmes, à réguler nos comportements et à renforcer nos compétences.
Le cerveau travaille sans relâche pendant que nous dormons, triant, consolidant et réorganisant toutes les informations de la journée. Découvrez dans cet article comment le sommeil, les rêves et la mémorisation sont liés, et comment vous pouvez en tirer parti pour mieux apprendre.
Le sommeil et son rôle dans l’apprentissage
Les différentes phases du sommeil
Chaque nuit, notre cerveau alterne entre plusieurs phases de sommeil :
– Endormissement (Sommeil lent léger N1) : c’est la première phase du sommeil, elle marque la transition entre l’éveil et le sommeil. L’activité cérébrale ralentit, la respiration devient plus régulière et les muscles commencent à se relâcher.
– Sommeil léger (Sommeil lent léger N2) : le corps continue à se détendre, la température corporelle baisse légèrement et l’activité cérébrale présente des petits sursauts d’activité appelés « spindles », sortes de brèves impulsions électriques que nous évoquerons plus tard.
– Sommeil lent profond (Sommeil à ondes lentes, N3) : il est essentiel pour la récupération physique et mentale. Il permet aussi de consolider la mémoire et de renforcer les connexions neuronales. Durant cette phase, le cerveau trie et stocke les informations apprises dans la journée.
– Sommeil paradoxal : c’est la phase où surviennent les rêves les plus intenses (mais ce n’est pas le seul moment où on rêve, la moyenne étant de cinq heures par nuit, durant les différentes phases). Le cerveau est très actif et rejoue certaines expériences vécues, des émotions ressenties.
Ces cycles se répètent plusieurs fois par nuit, assurant un équilibre essentiel au bon fonctionnement cognitif et émotionnel.
Le sommeil léger : le rôle des spindles dans l’apprentissage
Les spindles, ou fuseaux de sommeil, observés durant le sommeil léger, jouent un rôle majeur dans l’encodage et la consolidation des informations. On les nomme fuseaux de sommeil car, sur un électroencéphalogramme (EEG), ils apparaissent sous forme de pics rapides et réguliers.
Des études ont montré que la fréquence et l’intensité des spindles augmentent après des sessions d’apprentissage intensif. Plus ces fuseaux sont nombreux, plus les performances en mémoire et en apprentissage s’améliorent. Ils sont notamment cruciaux pour l’assimilation des connaissances déclaratives, c’est-à-dire les informations que l’on peut exprimer consciemment, comme le vocabulaire ou les faits historiques, mais aussi pour l’apprentissage moteur.
Le sommeil lent profond : la consolidation des souvenirs
Le sommeil lent profond joue lui un rôle crucial dans la consolidation des souvenirs. Bien que les spindles du sommeil léger (N2) jouent un rôle clé dans le traitement des souvenirs, c’est pendant le sommeil lent profond que ces informations fraîchement apprises passent de la mémoire à court terme (l’hippocampe) à la mémoire à long terme (le cortex).
L’hippocampe réactive les mêmes circuits qui ont été stimulés durant l’apprentissage. Les souvenirs vont être transférés vers le cortex pour les stabiliser et favoriser leur accès, après les avoir triés, mettant de côté ceux à oublier, analysés, etc.
C’est un moment clé où notre cerveau renforce et restructure nos souvenirs pour optimiser leur récupération future. Des expériences ont montré que des personnes privées de sommeil lent avaient plus de mal à récupérer des informations déjà apprises.
Mais le sommeil lent ne se contente pas de stocker des informations : il permet de renouveler nos cellules (notamment pour les plus jeunes, via les hormones de croissance) mais aussi de nettoyer votre cerveau.
En effet, il permet d’éliminer les « déchets » cérébraux, comme les radicaux libres, des molécules instables produites naturellement par notre organisme et pouvant causer des dommages aux cellules s’ils s’accumulent en trop grande quantité. Ce processus de nettoyage est crucial pour prévenir certaines maladies neurodégénératives et assurer un bon fonctionnement cognitif tout au long de notre vie.
Il est grand temps de se reposer, et même peut-être dormir un peu ?
La semaine prochaine nous allons nous pencher sur la dernière phase de sommeil, le sommeil paradoxal. D’ici là, au dodo !